ÉCONOMIE Selon le JEC


" La réforme sucrière a pris trop de temps à se mettre en place "

La réforme de l'industrie sucrière a pris trop de temps à se mettre en place car elle a donné lieu à un marchandage entre le Corporate Sugar Sector et le gouvernement, affirme le Joint Economic Council (JEC), qui exprime de fortes réserves par rapport à la gestion de l'économie durant l'année écoulée, en particulier concernant la réforme. " La fin de l'année approche. C'est généralement l'heure du bilan. Pour le JEC, le sentiment est mitigé ", peut-on lire dans le Newsletter de l'institution représentant le secteur privé et qui sera diffusé aujourd'hui.

Parmi les avancées constatées durant l'année 2007, le JEC relève le démarrage, à l'arraché, de la réforme sucrière ; l'adoption du Competition Bill pour réguler la concurrence ; les mesures prises pour faciliter la création des entreprises et leur gestion quotidienne et l'accélération du processus d'harmonisation fiscale avec un plafond de 15 % pour les entreprises comme pour les individus. De plus, des projets de loi concernant un nouveau code du travail ont été publiés, mais ils restent à être adoptés d'urgence à l'ouverture de la prochaine session parlementaire, souligne le JEC.

Cependant, soutient l'instance dirigeante du secteur privé, des piétinements ont été notés dans d'autres domaines " quand on n'a pas franchement reculé ". Ainsi, est-il constaté, l'État a toujours des difficultés à faire face à la réalité des prix, d'où une plus grande intervention de sa part dans l'approvisionnement de certaines denrées. " La réforme, si nécessaire à notre pays, tarde trop. Ce qui semble être acquis ne l'est pas, comme le démontre l'évolution du dossier sucre. On peut légitimement se demander si ce qui semble être acquis aujourd'hui ne sera pas remis en question demain. L'action du gouvernement laisse entrevoir plusieurs courants de pensée au sein de l'exécutif ", s'alarme le JEC.

Pourtant, poursuit cette organisation, la compétitivité du pays dépend de la capacité à mener rapidement à bien des réformes en profondeur. Le dernier Global Competitiveness Report fait ressortir que les principales faiblesses de Maurice sont une bureaucratie gouvernementale inefficace, des lois du travail trop rigides, un manque d'accès aux capitaux, une main-d'œuvre inadaptée aux besoins de l'économie et un manque d'infrastructures.

" Ces facteurs expliquent le fait que Maurice ait perdu, en cinq ans, 20 places dans le classement des pays par rapport à leur indice de compétitivité globale. Notre capacité à réformer notre économie peut se mesurer à l'aune du nombre de places perdues ou gagnées dans le classement des pays par rapport à l'indice de compétitivité mondiale ", laisse entendre le JEC.

D'autre part, le JEC parle du " marchandage " entre le Corporate Sugar Sector et le gouvernement. " La Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS) a été rédigée, adoptée et soumise à l'Union européenne en 2006. Une année plus tard, c'est une version sub-optimale de ce plan qui a été entérinée ", déplore le JEC.

Le dossier de la farine est cité en exemple pour démontrer que " l'État a souvent la tentation de changer les règles du jeu alors que la partie est déjà engagée ". " Dans un premier temps, le gouvernement avait décidé de demander à la State Trading Corporation (STC) de négocier l'approvisionnement du pays en farine malgré l'exercice d'appel d'offres remporté par Les Moulins de la Concorde (LMLC). Cette démarche remettait en question le concept de level playing field que sous-tendent la loi et l'esprit du Competition Bill qui a été adopté. Finalement, après discussions avec les parties prenantes, l'État est revenu sur sa décision et a décidé de couper la poire en deux entre la STC, d'une part, et LMLC d'autre part. Les grands principes ont ainsi été préservés à la onzième heure ", fait remarquer le JEC.

L'instance du secteur privé critique également la situation dans le port et observe " qu'une vision commune pour positionner Port-Louis comme un hub fait défaut ".

Le JEC conclut que les réformes économiques portent ses fruits, comme le témoigne le taux de croissance de 5,8 %. Cependant, poursuit cette instance, " on ne peut faire dans les demi-mesures. Le sentiment d'urgence devrait être partagé sur l'ensemble des policy makers ".