RAJ MAKOOND (Joint Economic Council)
" Retroussons nos manches et passons à l'action "
" Retroussons nos manches et passons à l'action ", a lancé, ce
matin, Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council (JEC), invité à
commenter les mesures annoncées par le gouvernement en vue de stimuler
l'économie. " Le train de mesures est le commencement d'une opération de
sauvetage en tenant compte de la nécessité de procéder à des corrections et de
s'adapter lors de la mise en place du programme, d'autant que, valeur du jour,
on ne connaît ni la profondeur ni la durée de la crise économique mondiale
", affirme notre interlocuteur.
" Le stimulus package a une approche défensive et offensive :
défensive pour protéger les secteurs à risque et d'emploi notamment le textile
et le tourisme ; offensive pour essayer de maintenir l'investissement et
continuer la diversification de notre économie, et nous préparer à "bounce
back" après la crise ", a dit Raj Makoond. " Tous les investissements
dans les infrastructures routières et l'aéroport abondent dans ce sens. Nous
constatons également le souci de faire passer aux consommateurs la baisse de
prix des produits pour protéger le coût de la vie ", a poursuivi M.
Makoond.
Le directeur du JEC affirme que la crise économique actuelle est la plus
grave que le monde ait connue depuis la grande dépression de 1930 : " Cette
crise risque d'être plus grave encore car les économies du globe sont plus
intégrées et interconnectées qu'auparavant. Avec les technologies de
l'information et des communications, par exemple, des milliers d'emplois dans
les sociétés d'externalisation des services en Inde dépendent des Etats-Unis.
Les économies les plus matures, soit les Etats-Unis, l'Europe et le Japon sont
en décroissance. Les économies émergentes comme la Chine, l'Inde et le Brésil
ne cessent de revoir à la baisse leur taux de croissance. L'Afrique, qui est
déjà marginalisé, va être davantage fragilisé. "
Raj Makoond souligne que la détérioration de la situation a commencé avec
la crise dans le système financier découlant du problème des crédits
hypothécaires à risque. " La crise financière a atteint l'économie réelle.
Touchées par des crédits qu'elles ne pouvaient plus récupérer, les banques ont
fermé le robinet de crédit. Il y a eu une débandade au niveau des banques
d'investissements comme Lehman Brothers. L'assèchement des crédits et la
fragilité du système financier ont impacté sur le marché boursier. En
l'absence de ressources financières, l'activité des entreprises a été affectée
au point d'occasionner des licenciements massifs. Les pertes d'emplois au
niveau international accélèrent ", explique-t-il.
Heureusement, estime M. Makoond, " que notre système financier n'a pas
de problème. Les banques sont bien capitalisées et le ratio des dépôts par
rapport aux crédits est sain. Par contre, nous avons une économie ouverte
basée sur l'exportation des biens et services. Nous commençons à avoir des
problèmes dans tous les secteurs d'exportation comme la zone franche, le
tourisme et les IRS. Tous les secteurs d'exportation sont fragiles ",
a-t-il laissé entendre par ailleurs.
Néanmoins, M. Makoond se montre optimiste. " Malgré l'ampleur de la
crise, nous devons nous rappeler que le pays a toujours réussi à tirer son
épingle du jeu. Un retour en arrière sur les quarante dernières années de
notre parcours nous permet de mieux en juger. Dans les années 1960 nous
lancions les entreprises de substitution à l'importation. Dans la décennie des
années'70 nous avons vu les débuts de la zone franche et l'industrie
touristique. De 1979 à 1984 nous avons connu les réformes sous le programme
d'ajustement structurel. C'était une période difficile. Au milieu des années
1990 il y a eu les réformes tarifaires et le premier Blue Print pour le
secteur sucre. Le premier volet du plan volontaire de retraite a été enclenché
en 2001. De 2003 à 2005 il y a eu le plan de redressement d'urgence pour
l'industrie du textile et de l'habillement ; la réforme de l'économie menée
depuis 2005 jusqu'à maintenant afin de bâtir une économie plus intégrée et
faire du pays une plate-forme de services. L'histoire démontre que Maurice
devrait être en mesure de faire face à de grands défis ", souligne le
directeur du Joint Economic Council.
Interrogé sur ses appréhensions pour l'année prochaine, Raj Makoond
reconnaît qu'il y a un manque de visibilité qui empêche de faire un pronostic
de manière précise. " Le taux de croissance devrait être inférieur à la
moyenne des trois dernières années. Si les grands chantiers publics que nous
évoquions plus haut démarrent effectivement cela aurait un impact positif sur
l'investissement. Nous devons adopter une approche qui vise à limiter les
dégâts afin de pouvoir rebondir quand la conjoncture sera meilleure.
Nous avons des choses à faire afin de pouvoir repartir au bon moment. La
crise ne devrait pas nous empêcher de poursuivre les réformes enclenchées,
d'investir dans les infrastructures et de continuer à repenser nos entreprises
", a-t-il poursuivi.
" Il faut mettre en place un mécanisme de suivi et de monitoring sur
toutes les mesures annoncées ", a conclu Raj Makoond.