BUDGET 2008/2009 Mémorandum à Sithanen
Crises alimentaire et énergétique : le JEC propose des mesures
Le Joint Economic Council (JEC) se dit préoccupé par les crises alimentaire
et énergétique et le fait comprendre au ministre des Finances, Rama Sithanen,
dans un mémorandum soumis à ce dernier en prévision du Budget 2008/2009. Le
JEC propose une série de mesures pour faire face à la crise alimentaire qui,
précise-t-il, pourrait être de longue durée. Et d'inviter également les
autorités à prendre des " bold initiatives " au chapitre de l'énergie,
estimant que Maurice devrait dès maintenant se fixer un objectif de production
d'au moins 50 % de ses besoins énergétiques d'ici à 2020. Les failles au
niveau des infrastructures constituent également un sujet qui retient
l'attention du JEC.
Dans son mémorandum qui a été présenté, hier après-midi à la presse, par
son président et son directeur, Gérard Garrioch et Raj Makoond respectivement,
le JEC tire d'emblée la sonnette d'alarme sur les crises alimentaire et
énergétique. " Cette double crise va frapper davantage les pays en
développement, en particulier les pays les moins développés qui sont en train
de s'ajuster face à l'érosion des préférences commerciales. Maurice, qui s'est
bien engagée dans la construction d'un modèle économique post-préférence basé
sur la diversification des secteurs d'activités et la compétitivité, devra
s'attaquer sans relâche au problème de sécurité énergétique et alimentaire ",
écrit le JEC. Le conseil est d'avis qu'en sus de l'accélération des
réformes, les crises alimentaire et énergétique vont nécessiter de nouvelles
stratégies en termes de production agricole, d'énergie renouvelable et aussi
de lutte contre la pauvreté afin de protéger les groupes les plus vulnérables.
Au chapitre de la sécurité alimentaire, le JEC estime que des progrès
significatifs peuvent être faits au niveau de la production tant au niveau
local que régional. Il faudrait, selon lui, élaborer une stratégie qui
encourage les investisseurs à s'intéresser à la production alimentaire à la
base ainsi qu'à l'agro-industrie. On peut, soutient le JEC, articuler la
production en tenant compte des terres agricoles et des capacités
industrielles disponibles à Maurice et dans la région.
Maurice, poursuit le conseil, peut se fixer les objectifs suivants pour les
cinq prochaines années :- pomme de terre : de 14 000 tonnes en 2008 à 25 000 t
en 2012 ; oignons : de 5 000 à 10 000 t ; pois : de 100 à 500 t ; lait : de
2,5 millions à 10 millions de litres. Le JEC propose la création d'une
plate-forme de transformation de produits alimentaires et de services y
relatifs, notamment à travers un regroupement des capacités en termes de
technologie alimentaire, de recherches appliquées, de moyens industriels, de
services de traitement, d'emballage et de marketing. Le JEC recommande une
série d'actions spécifiques dont : a) la reconnaissance du métier
d'agriculteur de manière distincte de celui du propriétaire/planteur et
l'introduction d'un programme de formation pour rehausser les compétences de
l'agriculteur ; b) l'octroi d'une tax holiday de 15 ans à toute
compagnie qui se lance dans la production alimentaire primaire ; c) facilité
hors taxes à ceux qui investissent dans des capacités de stockage ; d)
introduction d'un Technology Diffusion Scheme avec un soutien à hauteur
de 50 % (le plafond passant de Rs 200 000 à Rs 1 million) à la compagnie qui
investit dans la technologie ; e) ligne de crédit spécial pour financer
l'infrastructure et l'équipement ; f) création d'un Food Security Fund
en vue des investissements dans la région ; g) mise en place d'un
programme de recherches, sur la base d'un partenariat secteur public-secteur
privé, pour l'amélioration de la production alimentaire ; h) mobilisation des
ressources internationales pour la surveillance de notre Zone économique
exclusive afin de prévenir le pillage de nos ressources marines.
Par ailleurs, le JEC suggère que dans le sillage de la signature de
l'accord de coopération entre le Board of Investment et l'EDB de Madagascar,
des procédures soient élaborées pour l'examen et l'approbation rapides des
projets touchant la sécurité alimentaire. Le conseil demande également qu'un
plan d'action sur cinq ans soit préparé et que l'aide des bailleurs de fonds
internationaux soit sollicitée.
S'agissant de la sécurité énergétique, le JEC souligne que toutes les
études réalisées (celles de Joël de Rosnay, du Mauritius Research Council et
de Kantor) tendent à démontrer que Maurice peut aisément produire plus de 50 %
de ses besoins énergétiques à partir de sources renouvelables. " The JEC
believes that the time is opportune to set a target for producing at least 50
% of its energy needs by the year 2020 ", peut-on lire dans le mémorandum.
Déjà, la bagasse représente environ 18 % de la demande. La contribution,
estime-t-on, peut être augmentée. Cependant, le JEC considère qu'il est
impératif d'instituer en premier lieu une Utility Regulatory Authority
(URA), cette dernière devant établir les règles du jeu : fixer les tarifs
et les conditions dans lesquelles les producteurs seront reliés au réseau de
distribution d'électricité national. Pour ce qui est de l'énergie dans le
domaine du transport, le JEC est d'avis que des objectifs clairs doivent être
définis concernant le pourcentage d'éthanol dans le carburant utilisé par les
automobilistes. " With clear targets and demand set, investors will be able
to prepare their business plan and reduce the dependency of Mauritius
on fossil fuel for transport ", soutient le conseil.
Par ailleurs, le JEC préconise une campagne de sensibilisation menée
conjointement par le gouvernement et le secteur privé, comme cela a été le cas
lorsque le chikungunya s'est déclenché, en vue d'amener les Mauriciens
à faire des économies d'énergie.