RELATIONS CONFLICTUELLES Hier soir au Clos St-Louis


Gouvernement/JEC : à nouveau l'escalade

Jacques de Navacelle s'entretenant avec Vasant Bunwaree avant l'ouverture de la cérémonie de lancement de la MEXA

Alors que tout le monde s'attendait à ce que la tension dans les relations entre le gouvernement et le Joint Economic Council, porte-voix du secteur privé, aille vers l'apaisement après les appels au dialogue de ces derniers jours, la situation s'est à nouveau envenimée après la sortie du ministre du Commerce et de l'Industrie, Rajesh Jeetah, contre la direction du JEC, en particulier son président, Jacques de Navacelle, hier soir au Clos St-Louis, Domaine Les Pailles.

" We have no lessons to learn from these isolated voices ", a martelé Rajesh Jeetah lors de son allocution à la cérémonie de lancement officiel de la Mauritius Export Association (MEXA), provoquant le walk-out du président du JEC. " C'est scandaleux ", a répliqué ce dernier, visiblement vexé, dans un commentaire à chaud au Mauricien alors qu'il quittait le Clos St-Louis.

L'attaque de front de Rajesh Jeetah contre le président du JEC était pour nombre d'observateurs inattendue, mais elle était préméditée (voir plus loin l'extrait de la copie de l'allocution du ministre remise à la presse). Consacrant la dernière partie de son allocution aux relations gouvernement/secteur privé, le ministre devait d'abord appeler à l'unité et à ce que toutes les parties restent focalisées sur les enjeux et ne perdent pas leur temps et énergie dans des " unnecessary gossips ". Selon Rajesh Jeetah, depuis juillet 2005, il ne cesse de rencontrer des industriels et des entrepreneurs, des " respected people who know this country very well ". Le ministre dit constater qu'il n'y a pas de guerre entre le secteur privé et le gouvernement, ce dernier faisant son mieux pour créer un bon environnement pour promouvoir la croissance économique, mais qu'il est aussi appelé, dans ce processus, à tenir compte de la situation sociale. M. Jeetah s'en est pris immédiatement à ce qu'il qualifie de " some isolated voices " qui, selon lui, prétendent représenter le secteur privé mais qui ne le font pas en réalité.

Pour le ministre, il n'est pas exact de dire qu'il n'y a pas de consultations entre l'État et le secteur privé. Bien au contraire, il y a des consultations impliquant le secteur privé, le gouvernement et les syndicats, soutient-il. Le dialogue sera poursuivi, a affirmé Rajesh Jeetah, avant de lancer des flèches en direction du président du JEC sans pour autant le mentionner spécifiquement.

Sur ce, le président du JEC devait surprendre les invités présents en quittant la salle du Clos St-Louis. Dans une première réaction à chaud, Jacques de Navacelle devait lancer : " C'est scandaleux. Ce n'est pas à lui de décider qui doit représenter le secteur privé. C'est inadmissible. "

Rajesh Jeetah a étonné plus d'un, car, quelques minutes plus tôt, son collègue du Travail et des Relations industrielles, Vasant Bunwaree, avait, aux dires de plusieurs opérateurs économiques, choisi un language plus diplomatique et plus souple pour s'élever contre les critiques émises récemment par la direction du JEC à l'égard du gouvernement. " You have to be careful with the words you utter ", a-t-il déclaré en faisant allusion aux remarques du secteur privé. Le ministre s'était empressé auparavant de rappeler que le gouvernement comptait sur le secteur privé mais qu'il demandait également à ce dernier de prendre ses responsabilités. " Nous sommes là pour travailler ensemble ", a-t-il poursuivi en soutenant que le gouvernement faisait de son mieux pour enlever tous les obstacles au développement de l'économie. " Creating an atmosphere of trust and comprehension among the stakeholders is vital to give a dynamic form to the restructuring of the economy ", avait-il observé.



Réactions

François de Grivel : " Donner le temps au temps "

" Nous avons de grands objectifs devant nous. Il faut pouvoir développer les divers secteurs de l'économie. Il faut travailler ensemble pour cela ", nous a déclaré François de Grivel, président de la MEXA.

" Pour ce qui est des propos tenus par le ministre, je pense que c'est une guerre de mots. Il ne faut pas s'arrêter à la forme mais aller dans le fond du problème. On doit, cependant, donner le temps au temps. Je suis pour des relations cordiales entre les différents partenaires. Le ministre a fait sa déclaration. Je ne veux pas le critiquer. La MEXA est membre du JEC. Je suis donc de l'opinion générale du JEC. Je réitère mon appel pour que les relations gouvernement/secteur privé, si difficiles aujourd'hui, redeviennent cordiales. Nous allons tout faire pour les consolider. On trouvera les moyens de se parler sans animosité. Je suis sûr qu'on y arrivera. J'ai écouté les propos de MM. Bunwaree et Jeetah. Je constate que ceux de ce dernier ont été des plus durs. "

Danielle Wong : " C'est très triste "

Pour Danielle Wong, directrice de la MEXA, ce qui est arrivé " est très triste, alors que tout le monde parle de dialogue ".

" La cérémonie d'aujourd'hui était une occasion idéale de réconciliation entre le gouvernement et le secteur privé. Lorsque le ministre demande de mesurer ce qu'on dit, c'est aussi valable pour lui. Dommage qu'il ait miss the opportunity. Jacques de Navacelle s'est senti offensé. La MEXA est membre du JEC. Elle souhaite une réconciliation ".

La directrice de la MEXA dira également que " Rajesh Jeetah et Jacques de Navacelle sont mes invités ; domaz ki dan maryaz zot lager. "



Extrait de l'allocution de Rajesh Jeetah

(...)" I will now address a few general issues which have attracted large publicity during the past few days. To build on our achievements, we should stay united, we should stay focused, and not lose our time and energy in unnecessary gossips.

Since July 2005, I have been meeting with lots of industrialists and entrepreneurs, all from the private sector. They are respected people, and they know this country very well ; they also know how to act and do business here. Right now, they are doing very well and with the implementation of new projects, they are going to participate in wealth and job creation.

To my knowledge, there is no war between the private sector and Government. Both have at heart the well being of this country and its population.

What Government is doing since July 2005 ? Government is doing everything, and is creating the right environment, to promote economic growth. In the decision making process, we cannot allow ourselves not to take into account the social aspects of things. We are committed to strike the right balance between economic imperatives and social needs. You would agree, it's a difficult exercise.

Ladies and Gentlemen, I am not surprised to note some isolated voices who pretend to represent the private sector but in reality they do not. They state there is no dialogue. But right now, there are consultations between the State and the private sector on a number of issues. Right now, there are consultations involving the private sector, Government and Unions. This dialogue and consultations will continue and even intensify because this Government believes in the politics of dialogue.

However, what no self respected man can accept is that someone, who is supposedly a professional, should be so self indulgent as to permit himself to throw tantrums in public and in so doing trying to destroy what we have to patiently build over the years.

I must emphasize that the language and the tone used - which we thought we had put behind us a long time ago - have shocked. Should such self righteous voices represent the private sector ?

Anyway, we have no lessons to learn from these isolated voices. And in their capacity as representatives of a respected organisation, if they cannot stand the heat, they know what it is left for them to do - get out of the kitchen ".(....)