JACQUES DE NAVACELLE (JEC)
" Que s'engage sérieusement la réforme de l'État "
S'il croit, lui aussi, que 2007 est susceptible d'être l'année de la relance pour plusieurs secteurs économiques, le président du Joint Economic Council, Jacques de Navacelle pense aussi que l'heure est venue pour une sérieuse réforme de l'État et pour " que soit mis fin à la survivance d'organismes publics qui ne servent plus à rien ".
Le gouvernement affiche une certaine satisfaction quant à la performance économique du pays en 2006. partagez-vous ce sentiment ?
La performance économique de 2006 n'est pas bonne mais il y a toutefois des signes de reprise dans le textile et le tourisme en particulier. L'évolution du textile est très intéressante car elle montre que Maurice peut jouer un rôle très spécifique dans la compétition mondiale en jouant sur la qualité et la relation avec ses clients. Les points noirs sont bien évidemment, comme toujours, l'inadaptation de certains services publics au monde moderne et les résistances au changement.
Selon le Bureau Central des Statistiques, on peut s'attendre pour cette année à un taux de croissance économique de 5,5%. Pensez-vous que les conditions sont réunies pour réaliser une telle performance ?
En 2007, en revanche, on devrait effectivement atteindre un taux de croissance de cet ordre car le dynamisme de certains secteurs économiques devrait commencer à produire des résultats. Nous observons des signes très encourageants dans le tourisme, le textile et la création d'entreprise, petites et moyennes.
Quelles sont les attentes du secteur privé pour 2007. Souhaitez-vous des décisions majeures du gouvernement et dans quelle direction ?
Le secteur privé souhaite qu'en 2007 les autorités de l'État reconnaissent d'une façon plus claire le rôle clé du secteur privé dans la création de richesse pour le pays et que, en conséquence, tout soit fait pour faciliter le développement rapide des investissements. Le secteur privé souhaite aussi que la réforme de l'État s'engage sérieusement et que soit mis fin à la survivance d'organismes publics qui ne servent plus à rien et qui coûtent à l'Etat des fortunes qui seraient plus utiles dans des domaines comme la lutte contre la pauvreté. Nous souhaitons aussi que la lutte contre la corruption montre des résultats. C'est très important pour Maurice d'être perçu, au niveau international, comme un pays à faible corruption car c'est le seul moyen d'attirer ici des investisseurs étrangers respectables et d'obtenir le soutien financier d'organismes internationaux. Comme chacun le sait, la corruption appauvrit les pauvres, endette le pays et attire l'argent sale.
La relance de l'investissement privé semble bien enclenchée. Sera-t-elle soutenue dans le moyen terme ?
L'investissement privé en provenance des Mauriciens seuls ne pourra pas suffire à relancer l'économie et à résorber le chômage. Entre les entreprises mauriciennes qui ont investi lourdement récemment dans des projets importants comme le textile ou les IRS et les Mauriciens fortunés qui ont placé leur fortune à l'étranger, ça ne laisse pas suffisamment de fonds pour assurer un développement durable. Il faut donc impérativement faire venir des investisseurs étrangers. Toutefois, ils ne viendront pas s'ils sont confrontés à une bureaucratie inefficace, à des archaïsmes comme le contrôle des prix ou à des lois du travail d'un autre âge.
Des reproches ont été faites de part et d'autre concernant le manque de dialogue au plus haut niveau entre le secteur privé et le gouvernement. Qu'est ce qui bloque ce dialogue ?
Il y a un dialogue étroit et permanent entre le ministre des Finances et le secteur privé et nous nous en réjouissons. Il semble néanmoins que certains politiciens n'aiment pas le secteur privé et ne sont pas intéressés à nous rencontrer. C'est bien dommage car, comme vous le savez, c'est le secteur privé qui finalement permet de payer les fonctionnaires, les députés et les ministres. Ça demande une certaine considération ne croyez-vous pas ? Je me réjouis, quant à moi, des contacts récents que nous avons eu avec plusieurs responsables syndicaux et qui montrent que, entre eux et nous, il y a de nombreux sujets de discussions intéressants que nous allons poursuivre dans l'intérêt national et qui, je l'espère, nous permettront de faire progresser le pays. Nous ne sommes pas d'accord sur tout mais du débat peut sortir de très bonnes choses. Car, finalement, les syndicats ne sont-ils pas les meilleurs représentants possibles des travailleurs ?
Le secteur privé va continuer dans la voie de la gouvernance d'entreprise et espère montrer la voie au secteur public et aux partis politiques qui sont très en retard dans ce domaine. Mais nous n'oublions pas pour autant que nous avons aussi à nous moderniser et, en particulier, à revoir nos structures représentatives qui ne sont plus, dans bien des cas, adaptées au contexte actuel. La JEC et ses membres se sont mis d'accord pour engager une réflexion d'ensemble sur leurs structures respectives.