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Analyse La crise finie, revoilà les mêmes problèmes

30/09/2009
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C’ était un des thèmes favoris du gouvernement et du ministère des Finances, en particulier : se préparer à rebondir plus haut après la crise.

Cet objectif a- t- il été atteint ? Sommesnous en meilleure position, qu’il y a un an, pour tirer profit de la reprise économique qui se profile ? Sur le plan structurel et institutionnel, beaucoup a été accompli pour réduire les lourdeurs administratives et les délais en vue d’ouvrir un business. Le « Business Facilitation Act » a apporté un vrai changement dans l’environnement des affaires. L’adoption du « Insolvency Act » a parachevé le tout.

Les efforts de Maurice pour adopter des réformes visant à améliorer le climat des affaires ont été reconnus officiellement par la communauté internationale. La Banque mondiale a promu le pays à la 17 e place du classement « Doing Business » , soit dans le Top 20 des pays où il est le plus facile de faire du business.

Maurice est le premier pays africain à ce rang. Ce n’est pas une mince affaire et, rien que pour cela, le gouvernement, les autorités et le secteur privé qui ont travaillé de concert méritent une accolade. Les progrès du pays à ce chapitre ont été constants et rapides. Maurice est passé de la 49 e place en 2007, à la 29 e place en 2008, et à la 24 e place en 2009.

Cela nous assurera- t- il la capacité de rebondir après la crise ? Ce n’est pas si simple. Certes Maurice se met en meilleure position pour attirer des investissements, qu’ils soient locaux ou étrangers.

Mais dans quelle filière ? Le problème reste entier.

L’économie a montré de la résilience et un paysage plus diversifié avec la crise, fait ressortir, Raj Makoond, directeur du « Joint Economic Council » . « Avec 2,7 % de croissance, on ne peut pas dire qu’on est ‘ better off’ » . Mais nous avons empêché des pertes d’emplois et des entreprises sauvées s’en sortent. Les chiffres concernant la croissance vont sortir demain et je suis confiant.

« L’économie est diversifiée avec la manufacture, le tourisme, le ‘ sea food hub’, l’ICT, les services financiers et les services médicaux qui émergent » , déclare Raj Makoond. Le directeur du JEC rappelle que Maurice a subi la crise en même temps que la baisse de 36 % du prix du sucre et que le pays a, malgré tout, réussit la transformation de l’industrie sucrière en industrie de la canne.

Au niveau macro- économique, Pierre Dinan, économiste, n’est pas aussi optimiste. Tout d’abord, tant qu’on n’aura pas augmenté nos volumes d’exportations, on ne pourra pas dire que la crise est finie.

Il pose ceci en préalable car, pour lui, le gros problème est la balance du compte courant affectée par la baisse des exportations, même si la baisse des importations compense un peu.

Pour Pierre Dinan, le déficit budgétaire reste un problème et il faudra recommencer à le faire baisser après les dépenses spéciales pour combattre la crise. « Il ne faut pas croire que tout est réglé. La dette publique atteint 60% du produit intérieur brut. Il faut continuer dans la rigueur. » Outre les paramètres macro- économiques, pour l’économiste, le gros problème demeure la façon de diversifier nos marchés d’exportation que ce soit pour le tourisme, le textile ou les centres d’appels.

« Clairement l’Europe ne suffit plus. Nous avons un gros déséquilibre commercial avec l’Asie, plus particulièrement la Chine et l’Inde. Il nous faut diversifier nos marchés. C’est un problème pour le gouvernement et le secteur privé » , ajoute Pierre Dinan.

Au niveau des entreprises, la crise a forcé nombre d’entre elles à revoir leur fonctionnement pour traquer le gaspillage et réduire les coûts d’opération. Toutefois, quand on parle de « cost cutting » le premier facteur de réduction est la main- d’oeuvre. « C’est simple à comprendre, il faut faire plus avec moins » , commente un industriel du textile.

La marge de réduction dépend toutefois du type de production dans lequel on est engagé. Il est également possible d’obtenir plus, avec la même équipe. C’est une question de gestion et de recherche de la meilleure façon de faire les choses. On peut aussi, par exemple, générer moins de déchets en utilisant mieux les matières premières.

« En réalité, il y a différentes manières de réduire les coûts. Et, en temps de crise, c’est humain, on devient plus inventif » , déclare Harold Mayer, « Chief Operating Officer » de « Ciel Textile » . S’il y a un secteur qui a particulièrement souffert de la crise, c’est bien celui des petites et moyennes entreprises ( PME), déclare le président de l’association des PME, Amar Deerpalsing.

Pour lui, si les petits entrepreneurs ont résisté tant bien que mal jusqu’ici, les prochains chiffres montreront combien ont jeté l’éponge et combien d’emplois ont été perdus.

Amar Deerpalsing est amer. Selon lui, il n’y en a eu que pour les grosses entreprises, rien pour les PME. Les différents plans d’aide annoncés n’ont pas marché dans la pratique car les exigences administratives ne correspondent pas à la réalité des petits entrepreneurs.

Amar Deerpalsing déclare ne pas comprendre le principe selon lequel il faut prouver qu’on a déjà souffert de la crise pour se qualifier à une aide alors que les petits entrepreneurs ont des problèmes de trésorerie et anticipent des problèmes de liquidités qui les empêcheront de participer à un prochain contrat.

Les difficultés des PME, c’est un sujet qui mériterait une pleine page à lui tout seul.

Ce tableau, non- exhaustif, démontre que la crise terminée, le pays sera confronté aux mêmes problèmes de finances publiques, d’investissements étrangers, de concurrence internationale dans les secteurs traditionnels et à la même difficulté à trouver de nouveaux secteurs porteurs et créateurs d’emplois et de diversification des marchés. La fin de la crise ne veut pas dire boom économique. Loin s’en faut.

Stéphane SAMINADEN




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