Vendredi 28 décembre 2007 - No. 16382

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QUESTIONS A JACQUES DE NAVACELLE, PRESIDENT DU «JOINT ECONOMIC COUNCIL» (JEC)
«L’Etat doit se désengager des activités du secteur commercial»


Des tensions entre le gouvernement et le secteur privé n’ont freiné ni l’investissement, ni la croissance. La vitesse d’exécution pour le VRS 2 prouve la capacité des deux parties de travailler ensemble.

Quel est l’état d’esprit du président du JEC à l’aube d’une nouvelle année qui s’annonce déterminante pour le sort du programme de restructuration économique ?

Nous réitérons notre vœu pour que la réforme économique se poursuive et s’accélère. Le processus de restructuration donne déjà des résultats au niveau de l’emploi, de la croissance et de l’investissement privé.

Il y a quand même des sujets qui nous préoccupent, tels la réforme des lois du travail, les organismes parapublics et la modernisation de l’infrastructure.

Concernant le dossier sucre, l’on s’est rendu compte qu’il y a un besoin pour le gouvernement et le secteur privé de travailler ensemble, de manière continue.



L’intensité des négociations sur le sucre a dû faire tiquer plus d’un au JEC…

Il y a certainement des choses qui nous préoccupent dans ce dossier. Nous avons l’impression qu’il y avait un accord, en l’occurrence la Multi Annual Adaptation Strategy, mais qui n’a pas été respecté. Ceci n’est pas très sain pour la réputation de Maurice auprès des investisseurs. Dans notre dernier Newsletter, nous disons, à ce propos, que «ce qui semble être acquis ne l’est pas». Il s’agit d’une question de confiance.

Je constate aussi qu’il y a eu négociations seulement à la fin. Il y a eu beaucoup de commentaires dans les médias et cela a contribué à retarder les choses. Il fallait s’asseoir autour d’une table et négocier beaucoup plus tôt. Il y a eu un manque de concertation dans la transparence.

Le gouvernement convoquait les sucriers pour des consultations mais ne leur disait pas ce qu’il attendait d’eux. Les demandes se faisaient par voie de presse.

D’autre part, je constate avec beaucoup de satisfaction la vitesse avec laquelle l’on est en train de rattraper le temps perdu, notamment au niveau du volontary retirement scheme (VRS) 2. Ceci prouve que lorsqu’il y a la volonté de faire bouger les choses, le secteur privé et l’administration publique sont capables d’avancer très vite. Face à la pression de l’Union européenne par rapport au déboursement des fonds des mesures d’accompagnement, les deux parties sont en train de travailler ensemble pour honorer les engagements pris.



Malgré les tensions entre le gouvernement et l’establishment du secteur privé, nous voyons que la croissance est au rendez-vous et que l’investissement privé redémarre. Quelle est votre appréciation de cette performance ?

Nous nous réjouissons des indicateurs positifs concernant la croissance et l’investissement. Ce sont là des signes que les décisions des deux derniers budgets ont rapporté des fruits. Il faut maintenant s’assurer que les fruits de la croissance soient bien distribués parmi la population.

Il ne faut pas qu’il y ait des franges de la société qui soient laissées au bord de la route. Nous observons qu’il y a un phénomène de pauvreté et qu’il a tendance à s’aggraver dans un contexte d’augmentation du coût de la vie.

L’Etat a des difficultés à régler ce problème. Il essaye de relancer la croissance en vue de créer, et éventuellement distribuer, plus de richesses.




«Certains ministères
ont réalisé des progrès
sur le plan du “business facilitation”.
D’autres non. Il faudra
poursuivre les efforts.
Le gouvernement a fermé la
“Development Works
Corporation”, mais il y a
d’autres entreprises qui n’ont
pas leur raison d’être."





Quel est le rôle des entreprises dans ce combat contre la pauvreté ?

Les entreprises prennent conscience du problème et réalisent qu’il faut qu’elles fassent un effort de leur côté. Il y a de plus en plus d’initiatives de corporate social responsibility.

Il faut aussi mieux valoriser le travail des organisations non gouvernementales (ONG). Celles-ci font un travail immense pour lutter contre la misère. Je pense qu’on ne parle pas suffisamment des gens qui sont dans ces ONG et qui contribuent énormément à la promotion de la stabilité sociale du pays.



Est-il possible d’envisager des recrutements sur la base d’une politique de discrimination positive comme une des solutions contre la pauvreté ?

Il y a un travail qui se fait au niveau de l’Empowerment Programme (EP) concernant la formation et le placement des chômeurs. Il y a des actions ciblées dans des poches de pauvreté. Plusieurs entreprises ont recruté des gens à travers les initiatives de l’EP. Ces chômeurs bénéficient d’une formation financée conjointement par l’employeur et l’EP.



Pourquoi faites-vous de la refonte des organismes publics et parapublics une de vos principales revendications ?

Tout le monde reconnaît qu’il faut moderniser la fonction publique, de même que les organismes parapublics. Il y a des actions qui ont déjà commencé dans certains ministères. Il y a des mesures de performance et des objectifs qui ont été mis en place.

Certains ministères ont réalisé des progrès sur le plan du business facilitation. D’autres non. Il faudra poursuivre les efforts. Le gouvernement a fermé la Development Works Corporation, mais il y a d’autres entreprises qui n’ont pas leur raison d’être.

Les organisations comme la Central Water Authority, le Central Electricity Board et la Development Bank of Mauritius ont besoin de se moderniser pour devenir plus efficaces. Cela inclut aussi la possibilité de faire appel à l’expertise étrangère.



L’expérience de l’Inde et de la Chine – deux économies à forte croissance – démontre que l’Etat a un rôle déterminant en tant qu’acteur économique. Ne pensez-vous pas qu’il faut revoir la revendication du «moins d’Etat» ?

C’est difficile de comparer Maurice avec ces deux grands pays qui ont beaucoup de ressources naturelles. La Chine est un cas particulier avec un mélange de libéralisme dans les affaires et d’absence de démocratie. Ce qui fait que l’Etat intervient beaucoup dans l’économie.

L’inde, de son côté, a beaucoup privatisé et libéralisé son secteur public, notamment dans les banques et les assurances. Mais le pouvoir économique reste largement concentré entre les mains de certaines familles.

Maurice a, lui, été engagé dans le processus du commerce mondial bien avant l’Inde et la Chine. D’une certaine manière, nous sommes en avance sur ces deux pays, en termes de libéralisation.

Néanmoins, le rôle de l’Etat est en train de diminuer dans ces deux pays.



Quel type d’Etat souhaitez-vous voir dans le cadre d’une économie moderne?

L’Etat doit se désengager des activités du secteur commercial. Il faut qu’il se concentre sur la santé, l’éducation, l’infrastructure et la sécurité sociale, entre autres.

Il faut laisser au secteur privé le soin de s’occuper des activités commerciales. En même temps, il faut des règles solides pour éviter les abus. C’est du reste un des objectifs de la législation sur la concurrence.

L’argent qui est englouti dans les corps parapublics aurait pu être utilisé pour renforcer les secteurs de l’éducation et de la santé, et moderniser l’infrastructure.



Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, soutient que le gouvernement compte faire appel au secteur privé pour le financement des projets d’infrastructure. Est-ce une idée qui intéresse le JEC?

Le secteur privé est toujours intéressé à participer dans des opérations qui sont profitables. Il peut apporter sa compétence et ses capitaux, et permettre à l’Etat de réaliser des projets sans avoir à augmenter le niveau de l’endettement public. Il faut trouver un arrangement qui profite aux deux parties.





Akilesh ROOPUN


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