|
Des tensions entre le
gouvernement et le secteur privé n’ont freiné ni
l’investissement, ni la croissance. La vitesse d’exécution
pour le VRS 2 prouve la capacité des deux parties de
travailler ensemble.
● Quel est
l’état d’esprit du président du JEC à l’aube d’une nouvelle
année qui s’annonce déterminante pour le sort du programme de
restructuration économique ?
Nous réitérons notre
vœu pour que la réforme économique se poursuive et s’accélère.
Le processus de restructuration donne déjà des résultats au
niveau de l’emploi, de la croissance et de l’investissement
privé.
Il y a quand même des sujets qui nous
préoccupent, tels la réforme des lois du travail, les
organismes parapublics et la modernisation de
l’infrastructure.
Concernant le dossier sucre, l’on
s’est rendu compte qu’il y a un besoin pour le gouvernement et
le secteur privé de travailler ensemble, de manière continue.
● L’intensité des négociations sur le sucre
a dû faire tiquer plus d’un au JEC…
Il y a
certainement des choses qui nous préoccupent dans ce dossier.
Nous avons l’impression qu’il y avait un accord, en
l’occurrence la Multi Annual Adaptation Strategy, mais qui n’a
pas été respecté. Ceci n’est pas très sain pour la réputation
de Maurice auprès des investisseurs. Dans notre dernier
Newsletter, nous disons, à ce propos, que «ce qui semble être
acquis ne l’est pas». Il s’agit d’une question de confiance.
Je constate aussi qu’il y a eu négociations seulement
à la fin. Il y a eu beaucoup de commentaires dans les médias
et cela a contribué à retarder les choses. Il fallait
s’asseoir autour d’une table et négocier beaucoup plus tôt. Il
y a eu un manque de concertation dans la transparence.
Le gouvernement convoquait les sucriers pour des
consultations mais ne leur disait pas ce qu’il attendait
d’eux. Les demandes se faisaient par voie de presse.
D’autre part, je constate avec beaucoup de
satisfaction la vitesse avec laquelle l’on est en train de
rattraper le temps perdu, notamment au niveau du volontary
retirement scheme (VRS) 2. Ceci prouve que lorsqu’il y a la
volonté de faire bouger les choses, le secteur privé et
l’administration publique sont capables d’avancer très vite.
Face à la pression de l’Union européenne par rapport au
déboursement des fonds des mesures d’accompagnement, les deux
parties sont en train de travailler ensemble pour honorer les
engagements pris.
● Malgré les tensions
entre le gouvernement et l’establishment du secteur privé,
nous voyons que la croissance est au rendez-vous et que
l’investissement privé redémarre. Quelle est votre
appréciation de cette performance ?
Nous nous
réjouissons des indicateurs positifs concernant la croissance
et l’investissement. Ce sont là des signes que les décisions
des deux derniers budgets ont rapporté des fruits. Il faut
maintenant s’assurer que les fruits de la croissance soient
bien distribués parmi la population.
Il ne faut pas
qu’il y ait des franges de la société qui soient laissées au
bord de la route. Nous observons qu’il y a un phénomène de
pauvreté et qu’il a tendance à s’aggraver dans un contexte
d’augmentation du coût de la vie.
L’Etat a des
difficultés à régler ce problème. Il essaye de relancer la
croissance en vue de créer, et éventuellement distribuer, plus
de richesses.
«Certains ministères
ont réalisé des progrès sur le plan du “business
facilitation”. D’autres non. Il faudra poursuivre les
efforts. Le gouvernement a fermé la “Development Works
Corporation”, mais il y a d’autres entreprises qui
n’ont pas leur raison d’être."
● Quel est le rôle des entreprises
dans ce combat contre la pauvreté ?
Les
entreprises prennent conscience du problème et réalisent qu’il
faut qu’elles fassent un effort de leur côté. Il y a de plus
en plus d’initiatives de corporate social responsibility.
Il faut aussi mieux valoriser le travail des
organisations non gouvernementales (ONG). Celles-ci font un
travail immense pour lutter contre la misère. Je pense qu’on
ne parle pas suffisamment des gens qui sont dans ces ONG et
qui contribuent énormément à la promotion de la stabilité
sociale du pays.
● Est-il possible
d’envisager des recrutements sur la base d’une politique de
discrimination positive comme une des solutions contre la
pauvreté ?
Il y a un travail qui se fait au niveau
de l’Empowerment Programme (EP) concernant la formation et le
placement des chômeurs. Il y a des actions ciblées dans des
poches de pauvreté. Plusieurs entreprises ont recruté des gens
à travers les initiatives de l’EP. Ces chômeurs bénéficient
d’une formation financée conjointement par l’employeur et
l’EP.
● Pourquoi faites-vous de la refonte
des organismes publics et parapublics une de vos principales
revendications ?
Tout le monde reconnaît qu’il
faut moderniser la fonction publique, de même que les
organismes parapublics. Il y a des actions qui ont déjà
commencé dans certains ministères. Il y a des mesures de
performance et des objectifs qui ont été mis en place.
Certains ministères ont réalisé des progrès sur le
plan du business facilitation. D’autres non. Il faudra
poursuivre les efforts. Le gouvernement a fermé la Development
Works Corporation, mais il y a d’autres entreprises qui n’ont
pas leur raison d’être.
Les organisations comme la
Central Water Authority, le Central Electricity Board et la
Development Bank of Mauritius ont besoin de se moderniser pour
devenir plus efficaces. Cela inclut aussi la possibilité de
faire appel à l’expertise étrangère.
●
L’expérience de l’Inde et de la Chine – deux économies à forte
croissance – démontre que l’Etat a un rôle déterminant en tant
qu’acteur économique. Ne pensez-vous pas qu’il faut revoir la
revendication du «moins d’Etat» ?
C’est difficile
de comparer Maurice avec ces deux grands pays qui ont beaucoup
de ressources naturelles. La Chine est un cas particulier avec
un mélange de libéralisme dans les affaires et d’absence de
démocratie. Ce qui fait que l’Etat intervient beaucoup dans
l’économie.
L’inde, de son côté, a beaucoup privatisé
et libéralisé son secteur public, notamment dans les banques
et les assurances. Mais le pouvoir économique reste largement
concentré entre les mains de certaines familles.
Maurice a, lui, été engagé dans le processus du
commerce mondial bien avant l’Inde et la Chine. D’une certaine
manière, nous sommes en avance sur ces deux pays, en termes de
libéralisation.
Néanmoins, le rôle de l’Etat est en
train de diminuer dans ces deux pays.
●
Quel type d’Etat souhaitez-vous voir dans le cadre d’une
économie moderne?
L’Etat doit se désengager des
activités du secteur commercial. Il faut qu’il se concentre
sur la santé, l’éducation, l’infrastructure et la sécurité
sociale, entre autres.
Il faut laisser au secteur
privé le soin de s’occuper des activités commerciales. En même
temps, il faut des règles solides pour éviter les abus. C’est
du reste un des objectifs de la législation sur la
concurrence.
L’argent qui est englouti dans les corps
parapublics aurait pu être utilisé pour renforcer les secteurs
de l’éducation et de la santé, et moderniser l’infrastructure.
● Le vice-Premier ministre et ministre des
Finances, Rama Sithanen, soutient que le gouvernement compte
faire appel au secteur privé pour le financement des projets
d’infrastructure. Est-ce une idée qui intéresse le JEC?
Le secteur privé est toujours intéressé à
participer dans des opérations qui sont profitables. Il peut
apporter sa compétence et ses capitaux, et permettre à l’Etat
de réaliser des projets sans avoir à augmenter le niveau de
l’endettement public. Il faut trouver un arrangement qui
profite aux deux parties.
|