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J’ai été étonné récemment
d’être arrêté dans la rue par des personnes que je ne
connaissais pas, mais qui voulaient me dire combien elles
avaient apprécié certains de mes commentaires dans les média.
Ces personnes étaient de situations sociales très variées.
Elles me disaient que j’avais bien raison de parler comme ça
parce que c’était des choses vraies et que personne d’autre
que moi ne les disait. Dans d’autres occasions, un de mes amis
m’a dit de faire attention car mes commentaires pouvaient
indisposer certaines personnes au gouvernement.
Comment faire alors ? D’un côté des gens qui attendent
que je parle et d’autres qui voudraient m’en empêcher.
Je pense que la réponse tient en plusieurs points :
Je parle parce que cela me semble utile pour faire
progresser la réflexion des mauriciens sur des grands sujets
d’intérêt général pour le pays. Il n’y a pas de vrai débat
public à Maurice sur des questions économiques ou de société.
Ce que nous observons ce sont des déclarations de certaines
personnes qui sont suivies, quelques temps plus tard, d’autres
déclarations opposées d’autres personnes mais sans
confrontation et donc sans possibilité de vraiment comparer
les arguments des uns et des autres. On voit donc certaines
déclarations erronées faites par des personnes qui ne
connaissent pas bien leur sujet et personne en face pour
répondre. J’essaie donc depuis que je suis à Maurice
d’expliquer de façon simple et claire des problèmes qu’il me
semble important que le plus grand nombre de mauriciens
comprennent. Heureusement que la presse mauricienne jouit
d’une liberté qui lui permet de mettre sur la place publique
des sujets importants et de susciter des réactions. La liberté
de la presse est un élément essentiel au bon fonctionnement de
la démocratie.
Je parle aussi parce que peu d’autres
personnes le font.
Il me paraît qu’il y a plusieurs
raisons à cela. Il y a d’abord ceux qui pensent que ça ne sert
à rien de s’exprimer parce que les choses ne changeront pas.
En disant cela, on part battu d’avance et on n’accorde que peu
de confiance à ceux que nous avons élus pour diriger le pays.
D’ailleurs, pourquoi les avons-nous élus ?
Ensuite il
y a ceux qui ne s’expriment pas car ils ont peur des
représailles. Si je critique telle chose, telle décision d’un
ministre ou d’un haut responsable, je risque d’avoir des
problèmes avec certaines demandes que je veux faire et ça va
me causer des ennuis. ça c’est grave car ça veut dire que nous
considérons que les autorités du pays n’acceptent pas la
critique et qu’elles fonctionnent non pas sur les principes
démocratiques mais selon les pratiques de clientélisme en
vigueur dans les pays arriérés.
Ici on ne fait pas
attention à ce que dit quelqu’un mais à qui il est pour dire
telle chose. Donc si je dis quelque chose on ne va pas
s’intéresser à ce que je dis mais on va dire que si je dis ça,
c’est parce que je suis de tel groupe, de telle famille, de
tel parti. On ne respecte donc ni ce que je dis ni ce que je
suis. Tout cela est bien dommage car ça ne fait pas progresser
les choses.
Mon avantage c’est qu’étant français
d’origine, je ne suis considéré comme rattaché à aucun groupe
particulier. Bien sûr je suis actif dans le secteur des
entreprises privées et ça m’assimile éventuellement à ce
secteur. Là encore il y a beaucoup d’idées reçues et ça serait
intéressant de faire une enquête approfondie et objective sur
la répartition du pouvoir économique et de la richesse à
Maurice. On obtiendrait sans doute des résultats assez
différents de ce que l’on entend dire dans certaines réunions
publiques.
Donc, je parle. Comme je ne suis pas
parfait (contrairement aux autres) qu’on me permette de me
tromper parfois et de dire quelquefois des bêtises. Mais
surtout qu’on me réponde. Je me souviens d’une interview de
moi en 2005 où j’avais essayé de remettre dans son contexte la
fraude interne à la MCB dans un but éducatif. Certaines
personnes m’avaient appelé pour me remercier. Quant à ceux à
qui cela n’avait pas du tout plu ils n’avaient pas osé me le
dire en face et j’ai fini par l’apprendre indirectement.
Je crois que le mot de la fin c’est le COURAGE.
Courage de dire ce qu’on pense, courage d’affronter la
contradiction, courage de faire progresser la vérité. Nous
sommes entrés dans une période très difficile et importante où
le pays doit remettre en cause beaucoup d’habitudes. Le
gouvernement actuel a engagé le pays dans des réformes
profondes absolument indispensables. Bon exemple : en disant
cela, je suis pour l’Alliance Sociale et contre le MMM et le
MSM ? Mais si en même temps je dis que les réformes de
l’éducation mises en route par le précédent gouvernement
étaient très bonnes, suis-je contre le gouvernement actuel ?
Si je critique les gouvernements successifs pour n’avoir pas
eu le courage de régler le problème du trafic à Port-Louis,
quel parti suis-je en train de critiquer ? Ayons le courage de
parler, de discuter et de débattre surtout avec ceux qui ne
sont pas d’accord et avec un esprit ouvert et non partisan.
C’est le seul moyen de progresser individuellement et
collectivement. J’accueille avec intérêt les commentaires à
l’adresse e-mail suivante: cracato@gmail.com
Jacques de NAVACELLE
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