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Article publié le Mercredi 20 février
2008. |
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 QUESTIONS À RAJ MAKOOND ET JACQUES DE NAVACELLE,
DU «JOINT ECONOMIC COUNCIL» Le JEC
en faveur d’un élan national pour éradiquer la
pauvreté
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● Le débat fait
rage sur le ciblage des prestations sociales et curieusement
nous n’avons pas encore entendu l’opinion du secteur privé que
vous représentez sur cette question…
Le «Joint
Economic Council» (JEC) préfère voir les choses d’un angle
différent pour élever le débat au-dessus des lignes politiques
partisanes. Si le fond du débat est d’aider les pauvres à se
réinsérer dans l’économie nationale nous voulons bien y
participer. Quel est le constat aujourd’hui ? Selon les
chiffres dont nous disposons, il y aurait à Maurice 26 400
ménages qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté. C’est un
chiffre qui rejoint d’autres statistiques indiquant qu’il y
aurait 104 000 personnes vivant en-dessous du seuil de
pauvreté.
A Maurice, le seuil de pauvreté n’est pas de
moins de 2 dollars par jour comme le mesure les Nations unies
dans d’autres pays pauvres. Dans notre pays, le seuil de
pauvreté se mesure comme étant un revenu inférieur à la moitié
de la médiane des revenus des ménages. Ce seuil représente Rs
3 800 par mois.
● Quel est le profil de ces pauvres
?
On ne dispose pas de données précises sur ce
problème. On peut, se référer aux statistiques sur le chômage
qui est un bon indicateur. Le pauvre est généralement sans
emploi. Leur scolarisation a été un échec. Un sur cinq n’ont
pas le Certificate of Primary Education et près de la moitié
n’ont pas obtenu le School Certificate.
● Alors que
faire ?
Il faudrait un élan national, une
coalition de l’Etat, du privé et les Organisations
non-gouvernementales afin de mettre sur pied un programme pour
premièrement, identifier clairement les pauvres et ensuite les
accompagner. Cette identification est essentielle à notre
démarche. Mais il ne s’agit pas de les identifier uniquement
pour les besoins de l’administration en ce qu’il s’agit de
prestations sociales.
Non. Nous voulons aller plus
loin et embarquer ces personnes en difficulté dans un
programme de réinsertion sociale et économique. Nous voulons
les tirer de l’ornière afin qu’elles puissent rattraper le
train du développement.
● Comment les tire-t-on de
l’ornière, nombre d’entre eux sont même analphabètes ?
Il s’agit premièrement de leur donner des outils
primaires pour qu’ils trouvent leur chemin dans la société. Il
faut leur inculquer des «life skills». Ce sont généralement
des gens à qui l’on ment facilement, qui se font souvent
berner, qui ne savent pas à quelle porte frapper pour faire
aboutir leurs démarches. Les pauvres sont en outre les
premières victimes de la corruption.
Parmi les «life
skills» il faut aussi leur inculquer de la discipline de vie :
se lever le matin pour aller travailler.
Intervient
ensuite ou parallèlement un programme de formation technique
qui vise à les insérer dans une entreprise. Il y a eu des
exemples de réussites dans plusieurs entreprises grâce au
support de l’Empowerment Programme qui leur offre une
formation au sein même de l’entreprise qui peut se transformer
ensuite en embauche définitive. Les participants bénéficient
d’un «stipend». Sous l’Empowerment Programme, 3000 personnes
ont été placées avec succès dans des entreprises. On les
encouragera aussi à monter leurs propres entreprises.
La meilleure façon d’éradiquer la
pauvreté est de la combattre à sa racine. Il s’agit
d’abord de réintégrer les gens dans le monde du
travail. Dans l’économie réelle, il faut d’abord
réussir à attraper le premier barreau de
l’échelle. Si on le loupe on reste à quai et le
train démarre sans nous.»
● Tout
ceci dit, vous n’avez pas répondu à ma question êtes-vous pour
ou contre le ciblage ?
Nous pensons qu’il y a des
gens malades, des gens du troisième âge qui devraient
bénéficier d’une aide de l’Etat dans les moyens limités dont
il dispose. Il y a des retraités dont la retraite ne leur
permet pas de vivre décemment. Il faut s’en occuper
maintenant. Néanmoins, nous restons persuadés que la meilleure
façon d’éradiquer la pauvreté est de la combattre à sa racine.
Il s’agit d’abord de réintégrer ces personnes dans le monde
réel du travail. Là encore, il faut s’en occuper
individuellement. Si c’est ça le ciblage, alors nous sommes
pour le ciblage.
Dans l’économie réelle, il faut
d’abord réussir à attraper le premier barreau de l’échelle. Si
on le loupe on reste à quai et le train démarre sans nous. A
ce chapitre, nous aimerions vous citer Jeffrey Sachs de son
livre The End of Poverty : How we can make it happen in our
life time.
Il y a aujourd’hui 8 millions de personnes
qui meurent chaque année parce qu’elles n’ont pas de quoi
vivre ; ils sont trop pauvres. Parmi il y a les Malawites qui
sont trop usés pour mettre un pied sur l’échelle de la survie
économique. Puis il y a les Bangladeshi qui ne meurent pas de
faim mais qui pour se nourrir, se tuent au travail chaque
jour.
Maurice n’a que 26 400 ménages en-dessous du
seuil de pauvreté. Un élan national et une entente entre les
secteurs privé et public peuvent éradiquer la pauvreté à
Maurice. Il suffit de le vouloir..
● A-t-on besoin
d’argent ?
Non, c’est juste une question de
répartir différemment. Eviter les gaspillages, réduire les
subventions sur certains produits et diriger l’argent ainsi
économiser sur ceux qui en ont besoin.
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Stéphane
SAMINADEN
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