Vendredi 18 mai 2007 - No. 16157

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RELATIONS GOUVERNEMENT-PRIVÉ
“Walk-out” de Navacelle après l’attaque de Jeetah au lancement de la MEXA


Le président du Joint Economic Council a quitté la salle en plein discours du ministre de l’Industrie, hier à Pailles. Ce dernier a qualifié le JEC de “voix isolées”. Jacques de Navacelle trouve cette attitude “inacceptable”.

François de Grivel, président de la MEXA, remet un souvenir à Rajesh Jeetah, hier.
François de Grivel, président de la MEXA, remet un souvenir à Rajesh Jeetah, hier.
Les tensions persistent entre le gouvernement et le Joint Economic Council (JEC). Jacques de Navacelle, le président du JEC a fait un walk-out hier, lors de la cérémonie de lancement de la Mauritius Export Association (MEXA) à Pailles (voir ci-dessous). Il a quitté la salle au moment où le ministre de l’Industrie, Rajesh Jeetah, prononçait son discours. Ce dernier faisait une virulente sortie contre les responsables du JEC sans toutefois les nommer.

Le ton est monté d’un cran lors de l’intervention du ministre. “Nous n’avons aucune leçon à prendre de ces voix isolées (NdlR : les dirigeants du JEC). Et en leur capacité de représentants d’une organisation respectée, s’ils ne peuvent pas supporter la chaleur, ils savent ce qu’il leur reste à faire : quitter la cuisine !”

À ce moment, Jacques de Navacelle, assis dans les premiers rangs de la salle du restaurant Clos St.-Louis, au Domaine Les Pailles, s’est mis debout. Il a effectué son walk-out sous les regards très embarrassés des dirigeants de la MEXA.

L’atmosphère tendue à la soirée d’hier prolonge, voire accentue, les sentiments de rivalité entre l’establishment de la communauté des affaires et les décideurs politiques. Du moins, du côté du gouvernement, où des ministres et des députés sont bien disposés à poursuivre l’affrontement. Beaucoup n’ont toujours pas pu digérer les remarques qu’ils jugent déplacées du JEC la semaine dernière contre certaines décisions et des comportements du gouvernement.

Contacté au téléphone, hier soir, Jacques de Navacelle trouve inacceptable l’attitude du ministre de l’Industrie. “C’est tout à fait inacceptable de la part d’un ministre d’attaquer les représentants d’une organisation comme le JEC. Je n’ai jamais vu une telle chose dans un pays civilisé. Les responsables politiques n’acceptent pas les critiques. Ils ne répondent pas aux critiques, mais ils s’attaquent aux personnes.”


“Aucune querelle”

Dans son discours, Rajesh Jeetah a qualifié les dirigeants de voix isolées qui ne représentent pas l’ensemble du secteur privé. “À ma connaissance, il n’y a aucune querelle entre le secteur privé et le gouvernement (…) Il y a des consultations entre l’État et le secteur privé sur de nombreux sujets. En ce moment même, il y a des consultations entre le secteur privé, le gouvernement et les syndicats (…) Ce gouvernement croit dans une politique de dialogue.”

Le ministre a mis en garde contre le danger que “ces voix isolées” puissent mettre en péril l’esprit de dialogue entre les opérateurs et l’État qui s’est bâti au fil de longues années.

Le ministre du Travail, Vasant Bunwaree, a lui été plutôt sobre dans ses critiques contre le JEC. “Il nous faut faire très attention aux mots que nous utilisons, à moins que nous estimions que nos propos n’ont aucune importance.”

Toujours est-il que toute éventuelle reprise de dialogue entre le principal porte-parole du business et le gouvernement semble être sérieusement compromise. Le courant ne passe pas. À l’approche des consultations prébudgétaires, la situation se présente plutôt mal.

Malgré les incidents d’hier, le président du JEC montre encore une disposition à retourner à la table de discussions. Il compte soulever la question avec les autres dirigeants de l’institution aujourd’hui pour décider de la marche à suivre. “Il ne faut pas non plus gâcher toutes les chances de l’économie pour une question d’attitude.”







“Tout est exportable”, estime Danielle Wong
“Tout est exportable”, estime Danielle Wong
La Mepza se donne une nouvelle mission après 30 ans d’existence

L’heure de tourner la page. La Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), l’association des opérateurs de la zone franche, se met au diapason de la nouvelle réalité industrielle du pays. À partir d’aujourd’hui, elle change de nom et devient la Mauritius Export Association (MEXA). Elle se donne une nouvelle vocation : promouvoir un état d’esprit exportateur chez les entrepreneurs mauriciens.

Après trois décennies d’existence au service des opérateurs de la zone franche, la Mepza veut brasser plus large. “Nous travaillons depuis quelque temps déjà dans l’optique de regrouper un maximum d’entreprises qui ont une vocation exportatrice. Nous voulons promouvoir une attitude d’exportation chez les entrepreneurs. Nous partons de l’idée que tout est exportable. Il n’y a pas que les biens manufacturiers. Il y a aussi les fruits, les légumes, l’agroalimentaire, les samoussas et les dholl puris…” explique Danielle Wong, directrice de la Mepza.

Actuellement, l’organisation regroupe des entreprises qui brassent un chiffre d’affaires de Rs 33 milliards environ. Elle vise, avec la nouvelle configuration, un business tournant autour de Rs 50 milliards. Les petites et moyennes entreprises (PME) occuperont une bonne place dans ce nouvel espace.

La transformation de la Mepza est en accord avec la nouvelle politique industrielle en place. Depuis l’année dernière, la notion de la zone franche n’existe plus avec l’abrogation de l’Export Processing Zone Act. Les barrières entre la zone franche et les autres industries manufacturières sont tombées. La Mepza a profité de cette intégration pour se repenser et se mettre au service d’autres activités, dont les services.


Diversifier

Dans le même souffle, il y a une démarche de diversifier la base industrielle hors du textile-habillement. “Il y a des secteurs tels que le seafood-hub qui se développent rapidement. Nous avons acquis une grande expérience dans l’exportation grâce au textile. Nous voulons mettre ce savoir-faire au profit des autres activités au niveau de la recherche des marchés, du réseau et de la logistique entre autres. La confection restera toutefois l’épine dorsale de l’industrie”, souligne Danielle Wong.

Les autorités se réjouissent de cette démarche de la Mepza. “J’accueille favorablement cette transformation de la Mepza. Elle tient compte du fait que d’autres secteurs existent dans l’exportation”, commente Amédée Darga, le président de Enterprise Mauritius (EM). “Je suis heureux de cet alignement avec la stratégie prônée par EM.”

En effet, la stratégie d’EM consiste essentiellement à accompagner les entreprises à se moderniser afin de pouvoir rester compétitives dans les marchés d’exportation. “Cette stratégie comprend plusieurs axes dont la consolidation, la restructuration et la réorientation des sous-secteurs existants tels que l’habillement tout en mettant l’accent sur les PME dans les secteurs de l’ameublement, de la bijouterie et de l’ingénierie légère”, explique Amédée Darga.

EM aide aussi les entrepreneurs à explorer de nouveaux marchés, notamment ceux de la région et du continent africain. L’agence d’accompagnement contribue d’autre part au développement de nouvelles filières telles que l’industrie marine et des loisirs.

“Les entreprises locales, du moins celles qui en ont la capacité, sont convaincues qu’il faut non seulement consolider leur position sur le marché local, mais aussi diversifier leur production et prospecter les marchés régionaux”, écrit Hamid Jhumka, le responsable de la division Industrie à la Chambre de commerce et de l’industrie de l’île Maurice, dans le dernier bulletin semestriel de l’institution.


Akilesh ROOPUN


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