Jeudi 17 mai 2007 - No. 16156

Consultez
Les archives
de l'express

Vous êtes ici: Accueil  > Actualités

Au quotidien

Sommaire

La Une

Editorial

Actualités

Sports


Cette semaine

l'express Nord

l'express Est

l'express Sud

l'express Ouest

l'express Outlook

l'express Rodrigues

Culture

Economie & Business

Porte-monnaie

Apartés

Cinéma

Tribune


Services

Avis de décès
Bourse
Horoscope
Météo
Petites Annonces
Programme TV
Publicité
Taux de change
la sentinelle


ÉCLAIRAGE
État-secteur privé : Vers une réconciliation de façade


Le scénario du pire ? Tout finira probablement par un apaisement programmé après le tumulte qui a été provoqué par les propos du président du JEC, Jacques de Navacelle. Cependant rarement a-t-on vu l’élite politique autant déterminée à désentoiler le tableau des privilèges de l’élite économique.

Tous les pays du monde sont dirigés par des groupes huppés. Tous les gouvernements de sensibilité de gauche entendent briser cette hégémonie et apporter des réformes “à visage humain”. Maurice ne fait pas exception à la règle avec une nuance toutefois. Outre le fait d’être les héritiers d’un système qui procède de l’époque coloniale, les nantis, pour une grande part, sont d’une même appartenance ethnique. C’est aujourd’hui contre cette double fatalité que le gouvernement de l’Alliance sociale entend lutter. Si les intentions peuvent être bonnes, les métho-des, elles, provoquent des haut les cœurs.

Pourtant le mouvement sismique était déclenché dès la joute électorale de 2005. L’Alliance sociale annonçait vivement la couleur : elle allait combattre le “gros capital” et les “barons sucriers”. Mais on était en campagne législative et ce genre de ton est récurrent à l’approche de chaque élection. D’autant plus que la nature incestueuse des relations entre gouvernement et secteur privé les condamne à travailler ensemble. Ils ont besoin l’un de l’autre pas seulement sur le plan économique mais aussi sur la question du financement des partis politiques. Le programme de démocratisation de l’économie ne faisait donc pas peur. Une fois au pouvoir, l’Alliance sociale allait revenir à la raison, pensait-on du côté du secteur privé.

C’était sans compter sur la détermination de certains au sein du gouvernement de mettre fin aux cartels et, de manière générale, à la concentration du pouvoir économique aux mains de quelques nantis. C’est ainsi que Rajesh Jeetah a mené sa croisade, que Sithanen a annoncé l’introduction de la Campement Site Tax, que la fermeture de Desbro devait être grossièrement orchestrée, que la réforme de l’industrie sucrière est soumise à la condition d’une redistribution des terres, que Catovair doit suspendre ses vols, que le Competition Bill est annoncé…

C’en est trop. Le secteur privé sort l’artillerie lourde. Ainsi la semaine dernière, le Joint Economic Council (JEC), le conseil des opérateurs privé, exige du gouvernement qu’il cesse de se mêler de ce qu’il ne maîtrise pas. Le JEC ne ménage pas ses critiques. Il relève les “incohérences du gouvernement”. C’est un discours très éloigné des louanges qui avaient suivi la présentation du premier budget Sithanen. Pour le secteur privé, les masques tombent. Pour le gouvernement, c’est l’occasion d’expliciter sa position.

Le Premier ministre s’emporte. “Na pa gratte ledo maler”, menace-t-il. “Si zot pe rod la gerr zot pa pu sorti ganian”, prévient James Burty David. “Le temps du monopole et de la puissance de l’argent est révolu”, ajoute-t-il lors d’une conférence de presse. Manifestement, Navin Ramgoolam et ses fidèles choisissent le ton de la confrontation.

Serait-on arrivé à un point de non-retour ? Dans l’immédiat, le secteur privé, à travers son relais qu’est le JEC, joue au temporisateur. Pas question d’envenimer les choses. On nous fait comprendre qu’il est inopportun d’hypothéquer les perspectives d’une “reconstruction”. “Il ne faut pas gâcher quelque chose qui est en train de se faire”, explique-t-on.

Mais une chose est sûre. Des coups ont été donnés et même si le temps est à la modération, rarement les critiques ont été aussi violentes. “Je crois que c’est la première fois que le secteur privé est ainsi critiqué. Mais il faut aussi dire que c’est la première fois que de telles critiques sont formulées par le JEC à l’encontre du pouvoir en place”, explique Philippe Lam, économiste et directeur de Economic and Marketing Consultants.

Aujourd’hui, on se retrouve aussi en présence de personnalités qui ne rechignent pas la confrontation. “Du temps de Maurice Paturau, il y avait des critiques certes mais sur un autre ton”, précise Philippe Lam. Enfin, il ne faut pas oublier les considérations politiques. “Les raisons de désaccord ne manquent pas ! Elles peuvent aussi découler de rivalités entre formations politiques soucieuses de plaire au plus grand nombre”, confirme l’économiste Pierre Dinan (voir plus loin). “Il y a aussi la question concernant le timing qu’a choisi le JEC pour formuler ses critiques. Survenant juste après les meetings du 1er Mai, qui donnent à penser à un regain de popularité de l’opposition et une baisse prévisible de celle de l’alliance au pouvoir, les critiques ne peuvent qu’être très mal accueillies et être perçues comme faisant le jeu de l’opposition. D’où les réactions du gouvernement”, enchaîne Philippe Lam.

Alors que le gouvernement veut placer le débat sur le terrain de l’idéologie, quoi qu’il lui est encore difficile de préciser quand il est libéral et quand il est en faveur d’une économie administrée, le secteur privé, pour sa part, craint une stigmatisation qui dépasse le cadre de la raison. Sur la question de la réforme sucrière, Patrick d’Arifat, président de la Mauritius Sugar Producers’ Association, plaide pour une dissociation de la question de terres de celle de la réforme. “Il a été établi, sans conteste, que l’industrie ne pourra faire face au coût des plans sociaux extrêmement généreux ayant trait à la fermeture des usines et au Voluntary Retirement Scheme si elle ne bénéficie pas des mesures d’accompagnement. Ce n’est donc pas une faveur qui est faite à l’industrie mais aux milliers de travailleurs qui vont en bénéficier. Il n’y a donc aucune rationalité à ce que les terres soient intégrées à cela”, dira-t-il en ce sens.

La terre, d’une perspective historique, fait remarquer Philippe Lam, a toujours été le symbole de richesse à Maurice. En y favorisant l’accès, le gouvernement veut donner une consistance à son projet de démocratisation de l’économie. Toutefois à l’ère de l’économie du savoir qui repose non sur le tangible mais l’intangible, c’est la matière grise qui est privilégiée. “La terre est source de richesse dans “the old econo-my as opposed to the new economy. De plus, en regardant ce qui se passe en Australie où sévit une sécheresse aux conséquences désastreuses pour les agriculteurs (voir Economist du 28 avril 07), il ne faut pas sous-estimer les effets à long terme des changements climatiques sur notre agriculture traditionnelle”, fait ressortir l’économiste Lam.

À ce chapitre, Pierre Dinan rappelle que le projet de démocratisation est en soi un concept plutôt flou. “Démocratiser, c’est remettre le pouvoir au peuple. À Maurice, c’est chose faite depuis 1968, à travers l’élection des représentants du peuple à l’Assemblée nationale. Appliquer ce concept éminemment politique à l’élaboration d’une stratégie foncière, c’est prendre le risque d’un amalgame et perdre de vue l’objectif à réaliser”, affirme-t-il. Car, pour lui, l’enjeu véritable, c’est une utilisation judicieuse et efficace d’une des rares ressources du pays, ressource d’ailleurs fort limitée par l’exi-guïté de nos îles. “Si les terres doivent être partagées ou redistribuées au titre de l’égalitarisme, seront-elles toutes mises en valeur pour le bien de ce pays, déjà en butte à d’énormes défis de développement ?” se demande-t-il.


Protection des “cousins-cousines”

Si certains craignent une tentation mugabéenne chez Navin Ramgoolam, d’autres veulent se montrer plus optimistes. “Nous n’en sommes heureusement pas là et nous pensons que si le dialogue et la volonté de trouver des solutions existent, elles seront trouvées. Encore faut-il le vouloir”, témoigne, à cet effet, Patrick d’Arifat. Il récuse également les critiques selon lesquelles, il y aurait une politique de protection des “cousins-cousines” “A Maurice, dès que l’on veut critiquer gratuitement un groupe, c’est le style de rhétorique employé. Cela est à notre avis stérile et d’un autre temps. Les compagnies sucrières et leurs actionnaires ont, depuis toujours et même aux pires moments de notre histoire, ont démontré une confiance inébranlable dans le pays en prenant souvent des risques conséquents autant pour réinvestir dans le sucre que dans d’autres secteurs de l’économie. L’effet bénéfique de ces investissements a irrigué et irrigue toute l’économie mauricienne”, assure-t-il.

Du côté du gouvernement, on assure que le projet de démocratisation n’est pas dirigé contre le secteur concurrentiel mais en faveur de la population même si aujourd’hui, on ne cache pas le fait que le Premier ministre serait très remonté contre certains au sein de ce secteur.

En attendant le dégel, ni le ton politicien de Navin Ramgoolam ni les critiques du conseil des opérateurs ne tendent vers une rationalisation du débat autour d’un modèle de développement économique qui tient vraiment en compte les intérêts des groupes les plus vulnérables.

Nazim ESOOF







Questions à Pierre Dinan
Economiste

● Est-ce qu’on peut dire que c’est la première fois que les relations entre le secteur privé et un gouvernement connaissent un tel durcissement ?

Quand il y a des forces en présence, avec des intérêts qui peuvent diverger, on peut s’attendre à des durcissements. Cela va de soi. D’ailleurs, dans le monde, des bras de fer ne se limitent pas à des gouvernements et à leurs secteurs privés. Des bagarres peuvent surgir entre des gouvernements et des syndicats, des gouvernements et des institutions religieuses, des gouvernements et des armées. Quelles peuvent être les raisons d’un durcissement entre un gouvernement et son secteur privé ? En théorie, dans un pays qui reconnaît le bien-fondé d’une économie de marché, les rôles sont bien définis.

Le gouvernement légifère pour appliquer la politique économique de son choix, il remplit aussi le rôle de régulateur pour assurer la saine concurrence et la protection des consommateurs; il prélève des taxes en vue de la redistribution des richesses aux nécessiteux.

Le secteur privé, de son côté, a pour mission de mettre en valeur les ressources du pays, de produire les biens et services que demande la population, de créer des emplois. En retour, il est rémunéré par des profits pour les efforts consentis et les risques inhérents à toute entreprise. Il est aussi entendu que c’est au secteur privé de procéder à des investissements productifs.

Les raisons d’une détérioration des relations se dessinent à partir de ce schéma. Du côté du gouvernement, il peut y avoir une certaine perception ou une observation d’un secteur privé monopo-listique ou cartellisé qui se refuse à mettre en oeuvre la politique économique proposée au niveau national. Du côté du secteur privé, il peut y avoir le sentiment que le gouvernement, par exemple, abuse de son rôle de régulateur pour contrecarrer les lois du marché, modifiant des lois et règlements de manière arbitraire et n’observant pas des accords préalables ou bien a recours à des ponctions fiscales lourdes et démotivantes.


● Il est souvent critiqué au secteur privé d’être passif et de tout attendre de l’État. Est-ce à dire que les secteurs privés ont tendance à concevoir l’État comme un relais tutélaire ?

Je suis étonné d’entendre émettre cette opinion. Peut-être était-ce le cas dans les pays ayant adopté le modèle marxiste de la collectivisation où le secteur des affaires, quand il lui était encore permis d’exister, était inféodé au gouvernement et ignorait tout des lois du marché. Un secteur privé passif n’est pas digne de ce nom. Je pense que les pays économiquement avancés de la planète ont réussi parce qu’ils ont bénéficié du soutien de secteurs privés mûs par le désir d’entreprendre, motivés par les opportunités de rentabiliser leurs ressources, mais aussi reconnus à leur juste valeur par des gouvernements compréhensifs, flexibles et facilitateurs.


● Comment rendre le secteur privé aussi bien que le secteur public plus transparent avec un système de “checks and balances” pour qu’il n’y ait pas d’abus ?

L’application des principes de la bonne gouvernance, tels qu’élaborés par des institutions internationales, comme l’OCDE pour les gouvernements, et par le National Committee on Corporate Governance, pour les entreprises mauriciennes et les institutions para-étatiques, est un bon outil.


● Croyez-vous qu’un retour au dialogue est suffisant pour dissiper la méfiance qui s’est installée entre gouvernement et secteur privé ?

Un retour au dialogue est essentiel. Il faudra, évidemment, un réel désir, de part et d’autre, d’arriver à un consensus. Ce n’est pas le moment de vouloir marquer des points ; c’est plutôt celui d’aplanir les obstacles. Lorsque la société civile, c’est-à-dire la population dans son ensemble, assiste, de force ou de gré, à ce genre de combat, elle devrait avoir son mot à dire. Elle, à qui il est demandé, à juste titre d’ailleurs, d’apporter sa contribution active aux efforts à fournir pour relever les défis.

Un forum des forces vives (gouvernement, opposition, secteur privé, syndicalistes, organisations non gouvernementales, églises…) ne devrait-il pas être organisé pour faire un état des lieux de notre situation socio-économique et pour dégager un programme d’actions à entreprendre pour que notre pays retrouve la confiance dans l’avenir, confiance défaillante par les temps actuels !


● L’île Maurice a connu un passage à l’indépendance plutôt souple. Pour beaucoup, c’est la raison pour laquelle, les possédants historiques sont restés les mêmes malgré un changement de régime économique et les années qui passent. Partagez-vous cette analyse ?

Quand notre pays a obtenu l’indépendance politique, nous étions dans un état de grande dépendance économique. C’est heureux que l’industrie sucrière, celle que l’on appelait alors l’industrie-mère, ait pu continuer à opérer sans être charcutée, même si l’on doit rappeler les importantes ponctions fiscales, comme la taxe de sortie appliquée particulièrement aux gros et moyens opérateurs. Si l’on avait alors touché aux terres, oui, peut-être aurions-nous agi prématurément à la zimbabwéenne ! Il faut rendre hommage aux dirigeants des années 70 de n’avoir pas adopté une telle politique suicidaire.

D’ailleurs, notre pays se vante, à juste titre, d’être une démocratie dont la Constitution respecte le droit de propriété. Les expropriations légales ne sont autorisées qu’en cas de raisons graves, dans l’intérêt public. Celui-ci aurait été desservi par une redistribution que ne justifiait pas la situation économique d’il y a 40 ans.

Comme je l’ai déjà évoqué ci-dessus, le contexte économique actuel comporte des défis importants pour notre pays. Ce n’est guère le moment de remettre sur le tapis la question de redistribution des terres. L’intérêt public, c’est de travailler à une utilisation optimale de nos ressources limitées.



Haut de la page

RAZ-DE-MARÉE:   La météo conseille au public de rester prudent

BUDGET:   Les contribuables font leurs propositions

TEXTILE:   Consolidated Fabrics accroît sa production

RASSEMBLEMENT ILLÉGAL:   Le DPP refuse la relaxe à Chooramun

“LAW AND ORDER”:   Recrudescence de vols avec violence

CONCERT:   Jagjit Singh, le “ghazal” dans l’âme

La route fait deux morts et quatre blessés

Grâce au projet Alpha, l’ordinateur n’est plus du… grec

Forum régional des affaires en octobre

SBM : Des profits de Rs 1 milliard en neuf mois

Perspectives d’export vers le Kenya et la Tanzanie

Brèves

Mise au point

JUSTICE:   Bail granted in theory only

CULINARY CHALLENGE:   Mystery box to encourage creativity of young chefs

MAIL BOX:   Bus reflections

BAD MOOD:   Tools for unpredictable nature

WHAT DO YOU MEAN:   “Nothing ventured, nothing gained.”

APPOINTMENT:   Two high commissioners take up their posts

VISAGE:   Gérald Rambert : L’homme-poisson

RÉCEPTION:   35 ans de bonne entente entre la Chine et Maurice

 

envoyer l'article

imprimer l'article

Notre Partenaire


Nous contacter
| Publicité | Abonnez-vous | Webmaster
© Copyright La Sentinelle
Designed and Hosted by Telecom Plus Ltd