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Le ministre des
Finances ayant annoncé hier sa démission, le secteur privé
craint une déstabilisation des réformes engagées. Il estime
que celles-ci, quoique pénibles, doivent à tout prix être
maintenues.
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| Jacques de Navacelle et Raj Makoond (à g.) du JEC
craignent que le départ de Rama Sithanen ne compromette
les réformes économiques. | Les
réformes économiques en cours sont-elles compromises ? Puisque
l’homme au cœur de cette réforme, Rama Sithanen, est en
instance de départ. La question brise toute sérénité dans
l’establishment du secteur privé qui se dit très inquiet.
L’annonce de la démission du ministre des Finances
envoie de mauvais signaux à la communauté des affaires. “Les
programmes de réformes sont centralisés au ministère des
Finances. Toute déstabilisation de cette fonction nous
préoccupe beaucoup”, déplore Jacques de Navacelle, président
du Joint Economic Council (JEC). Il a animé hier un point de
presse à la Plantation House pour commenter la situation.
Il est aussi évident que la personnalité de Rama
Sithanen compte beaucoup aux yeux du JEC pour la poursuite et
la réussite des actions engagées. “Nous avons constaté son
engagement personnel et l’énergie qu’il met dans ce plan.” Et
le principal porte-parole du monde des affaires exprime ses
doutes sur la capacité de l’éventuel successeur de Rama
Sithanen à démontrer une volonté et un enthousiasme similaires
dans l’exécution de la tâche.
Rama Sithanen incarne
les nouvelles orientations de la stratégie économique. Son
budget, présenté en juin de l’année dernier, a lancé des
initiatives allant dans le sens de la rupture. Parmi elles, la
réforme de la fiscalité et la simplification des règles pour
faciliter les affaires.
D’autres programmes de
restructuration, tout aussi vitaux, telles la poursuite de la
réforme dans le secteur sucrier et la révision des lois du
travail sont en attente.
“La continuité de ses
réformes est très importante. Nous n’avons pas de temps.
Il faut reconnaître l’urgence des réformes. Il faut
maintenir le calendrier.”
Les principales
organisations des opérateurs ont beaucoup soutenu ces
politiques car, selon celles-ci, elles représentent la seule
voie vers une économie robuste, diversifiée et résiliente. “La
continuité de ses réformes est très importante. Nous n’avons
pas de temps. Il faut reconnaître l’urgence des réformes. Il
faut maintenir le calendrier. Les réformes sont certes
pénibles à la fois pour la population et pour un certain
nombre d’entreprises. Mais elles apporteront des résultats”,
affirme Raj Makoond, directeur du JEC.
Celui-ci
indique que des retombées positives des nouvelles politiques
sont déjà visibles. L’investissement est en hausse et la
croissance économique s’annonce meilleure pour l’année en
cours.
Mais la transition reste très fragile. Et la
démission du ministre des Finances peut tout remettre en
question. Sans les changements structurels dont celui-ci s’est
fait le champion, les conditions ne seront pas réunies pour
une reprise forte et durable de l’économie.
A la
veille de la mise en chantier de la refonte des lois du
travail, cette démission fait tiquer. Les entrepreneurs ont
toujours insisté pour un assouplissement des règles autour de
l’emploi. Rama Sithanen et ses proches collaborateurs au sein
du ministère des Finances ont aussi été des fervents partisans
de la libéralisation du marché du travail.
La
Mauritius Employers’ Federation n’est pas insensible aux
possibles répercussions du départ de Rama Sithanen sur ce
projet. “Cela nous inquiète beaucoup. La démission du ministre
des Finances est une grande perte pour l’économie. Les
réformes risquent de prendre du retard. Les lois du travail
sont dépassées. Il faudra plus de flexibilité dans le marché
pour favoriser la création d’emplois et attirer plus
d’investissements”, commente Mookeshwarsing Gopal, président
de l’organisation patronale.
La city a suivi de très
près l’évolution des événements durant la journée d’hier. Même
si le marché boursier n’a pas vraiment réagi à la démission du
ministre des Finances (le principal indice boursier est passé
de 1 291,72 points la veille à 1283,04 points à la clôture de
la séance à la mi-journée hier), des observateurs ont exprimé
des appréhensions. “Nous sommes en attente des signaux plus
clairs. Nous ne savons pas dans quelle direction le marché
bouge tant au niveau du marché des changes qu’à celui des taux
d’intérêt”, fait ressortir un banquier. “Il n’y a pas de
direction. Les investisseurs sont inquiets et ils hésitent
avant de s’engager”, indique encore un analyste financier.
Akilesh ROOPUN
Une démission
par étapes
Chez Rama Sithanen, la démission se
fait étape par étape. Le ministre des Finances a rencontré la
presse, hier après-midi, pour annoncer qu’il quittait le
gouvernement mais qu’il voulait néanmoins rencontrer Navin
Ramgoolam avant de partir. En l’absence du Premier ministre,
il a remis sa lettre de démission au Premier ministre par
intérim, le ministre Rashid Beebeejaun. En revanche, il n’a
pas encore remis de lettre au président de la République, le
seul habilité à officialiser toute démission ministérielle.
“J’ai soumis ma démission. Je devais la soumettre
directement au président de la République. Mais le Premier
ministre m’a demandé de la lui soumettre à travers le
vice-Premier ministre. Il veut me parler, dès son retour la
semaine prochaine”, a expliqué Rama Sithanen lors d’une brève
conférence de presse qui a eu lieu vers 15 heures hier, au
ministère des Finances.
Techniquement, le ministre des
Finances est donc toujours en poste. Pourtant, vers 11 heures,
hier, tout laissait croire qu’il allait quitter le
gouvernement le jour même. Une conférence avait même été
prévue. Mais elle a finalement été repoussée à 15 heures, son
attaché de presse affirmant qu’il annoncerait sa démission à
ce moment-là.
“ Je veux donner des explications mais
au Premier ministre d’abord. Par amitié (…) Les gens
connaissent la relation entre Rama Sithanen et Navin
Ramgoolam. Il y a une longue amitié et nous sommes très
proches”, lâche finalement le ministre des Finances,
reconnaissant que Navin Ramgoolam l’a soutenu au moment de
l’introduction de la réforme économique.
Rama Sithanen
affirme qu’il prend une “décision réfléchie”, que ce n’est pas
sur “ un coup de tête” qu’il part. Il se dit “triste mais pas
aigri”. “Mais c’est la vie”, lâche-t-il. Il cite même le
politicien français Jean-Pierre Chevènement : “Soit on se
tait, soit on s’en va.”
Disant respecter les
institutions, il explique qu’il s’en va sur un désaccord avec
Navin Ramgoolam. La raison de ce désaccord : le choix de
Rundheersing Bheenick comme nouveau gouverneur de la Banque de
Maurice. S’il respecte ce choix, il ne l’approuve pas pour
autant : “J’ai dit mon désaccord au Premier ministre.”
Rama Sithanen s’apprête donc à quitter le
gouvernement, mais le cœur gros. Surtout à un moment où,
estime-t-il, la réforme est en train de “donner des
résultats”. La croissance est de retour, tout comme les
investissements et le chômage recule, dit-il, non sans une
certaine satisfaction.
Il attend donc le Premier
ministre qui rentre au pays la semaine prochaine. “Je vais
écouter Navin Ramgoolam à son retour.” Une décision finale
devrait être prise à l’issue de cette rencontre.
CHRONOLOGIE
Une conférence de presse éclair
■ Rama
Sithanen aura tenu le public en haleine durant une bonne
partie de la journée d’hier. Après avoir renvoyé une première
rencontre avec la presse, prévue à 11 heures, il a finalement
tenu une rapide conférence de presse à 15 heures. La salle de
conférences du ministère des Finances était archicomble,
chaque titre de presse ou radio dépêchant plusieurs
représentants. Tout le monde s’attendait à entendre Rama
Sithanen annoncer son départ et surtout les raisons de ce
départ. Le ministre des Finances est arrivé à l’heure prévue.
Il est souriant et fait un petit commentaire, devant le nombre
de journalistes présents : “Parey Bidze !”…
Il est
suivi dans la salle de conférences par les ministres James
Burty David, Abu Kasenally, Arvin Boolell et Vasant Bunwaree.
Ceux-ci font une très brève apparition comme pour montrer leur
soutien à leur collègue et ressortent presque aussitôt. Rama
Sithanen, lui, se contentera de dire l’essentiel : la
démission, la raison principale de cette démission. Mais il
réserve les explications pour le Premier ministre, parlant
même de l’amitié qui le lie à ce dernier. Il n’en dira guère
plus. Rama Sithanen sort après quelques minutes d’une
conférence de presse éclair. Le ministre des Finances se
retranche ensuite dans son bureau. Plus rien ne filtrera…
Thierry CHATEAU
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