Lundi 14 mai 2007 - No. 16153

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RELATIONS ÉTAT-BUSINESS
Le Joint Economic Council prépare sa riposte


C’est l’escalade. Après les critiques du JEC contre le gouvernement, le Premier ministre a réagi. Les représentants du privé se réunissent d’urgence aujourd’hui pour faire le point.

Raj Makoond et Jacques de Navacelle, du JEC, veulent réinstaurer le dialogue avec le gouvernement.
Raj Makoond et Jacques de Navacelle, du JEC, veulent réinstaurer le dialogue avec le gouvernement.
Les rapports entre le gouvernement et l’establishment du secteur privé se détériorent. Le Joint Economic Council (JEC) a émis des critiques sur l’environnement des affaires durant la semaine écoulée. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a vivement réagi à ces remarques vendredi soir. Le JEC s’inquiète de la tournure des choses et se réunit d’urgence aujourd’hui pour passer en revue la situation.

Aux tensions entre l’Hôtel du gouvernement et la Plantation House sur le dossier sucre, s’ajoute un bras de fer de nature encore plus explosive entre décideurs politiques et la direction du monde des affaires.

Lors d’un point de presse, jeudi, le JEC a dit son irritation devant des décisions et des signaux du gouvernement jugés incohérents par rapport à sa politique de réforme déclarée. La restructuration sur papier ne se traduit pas nécessairement dans les actes, s’insurge le conseil des opérateurs.

Dans le même souffle, le JEC invite l’état à s’engager dans un retrait stratégique de certaines activités économiques et à laisser le champ libre aux entreprises privées. Il appelle à des consultations avec le gouvernement pour essayer de clarifier la situation.

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, voit d’un très mauvais œil les commentaires des représentants du secteur privé. Il s’en prend au président du conseil, Jacques de Navacelle. “Il (Jacques de Navacelle) m’a critiqué lorsque j’étais leader de l’opposition. Aujourd’hui, il dit ce que le gouvernement devra faire. Chacun doit faire ce qui lui incombe. A Maurice, il y a cette impression que le gouvernement doit tout donner. Il faut mettre un terme à cette attitude. Nous vivons dans un autre siècle. Nous ne sommes plus une colonie. J’espère qu’il s’en rappelle”, s’exclame le chef du gouvernement dans une déclaration à la presse vendredi soir.

Il brandit la menace d’une loi sur la concurrence. “Le Competition Bill arrive. Il s’agit d’une législation très importante et qui nous permettra d’avoir un secteur privé qui sait pratiquer la concurrence au lieu de se plaindre matin et soir.”

Contacté par l’express hier, le président du JEC dit déplorer cette attitude. “Il est regrettable que les choses dérapent alors que nous avions émis le souhait d’un débat. Le JEC se réunit demain (aujourd’hui) pour passer en revue la situation. Nous réitérons notre appel pour trouver un moyen de dialogue avec le gouvernement dans la transparence.”

A la critique contre le secteur privé de toujours chercher de l’aide auprès de l’état, celui-ci rétorque qu’en fait “c’est le secteur public qui vient demander au secteur privé de l’aider dans beaucoup de cas”.

Les rapports entre l’establishment de la communauté du business et le régime de Navin Ramgoolam ont été souvent laborieux et conflictuels. Les nombreuses confusions autour de la réforme sucrière sont l’illustration même d’un manque de dialogue entre les deux partenaires sociaux.

Les sucriers dénoncent depuis quelque temps la démarche de l’état d’imposer de nouvelles conditions pour autoriser la poursuite de la centralisation dans le secteur. Le gouvernement exige, en effet, 1 500 à 2 000 arpents de terre des compagnies sucrières avant de donner son aval pour la fermeture de trois usines : Riche-en-Eau, Mon-Trésor et Mon-Loisir.

Une décision finale sur l’octroi des terres doit être prise au plus tard le 31 mai. Sinon, l’autorisation de fermeture du gouvernement deviendra caduque. Or, les sucriers attendent toujours une réponse du ministère de l’Agro-industrie sur leur demande de précision quant à cette cession de terres.

La participation de l’industrie sucrière dans la production d’énergie et le financement du plan de retraite volontaire dans le secteur sont d’autres dossiers en suspens faute de consultations appropriées et de direction, estiment les sucriers.


Politique des prix

La politique des prix administrés a également été une source de tensions. Les industries manufacturières et de distribution qui desservent le marché domestique et le ministère du Commerce se sont souvent opposés sur la question. La manière dont cette politique a été administrée a provoqué de gros bouleversements dans plusieurs marchés dont celui du lait, du ciment et du fer de construction.

Le JEC a tenu le gouvernement responsable de la fermeture de Desbro International qui était le principal fabricant et fournisseur des barres de fer à Maurice. Il accuse le ministère du Commerce d’avoir laissé l’entreprise s’écrouler sous le poids des prix administrés en lui refusant des hausses adéquates pour maintenir son activité à flot.

Le business du lait, disent les opérateurs, a aussi beaucoup souffert de la tentative du gouvernement d’imposer une marge de profit sur le prix de vente.



Akilesh ROOPUN


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