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« Comportements
irrationnels », « discours démagogiques », « incohérences ».
Les propos virulents du JEC à l’égard du gouvernement ont fusé
cette semaine. Ce coup de gueule du secteur privé met en
exergue la tension palpable qui règne entre le gouvernement et
le secteur privé. Le temps de l’entente cordiale semble
définitivement révolu.
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| Rama Sithanen, le ministre des Finances,
conversant avec des membres du secteur privé. C’était au
temps où le courant passait bien entre le gouvernement
et eux. | Ce n’était qu’une
question de temps. Tôt ou tard, le secteur privé, à travers
son organe le plus représentatif, le Joint Economic Council
(JEC), allait pousser un gros coup de gueule face au
gouvernement. C’est arrivé cette semaine. L’organisation a
dénoncé avec virulence les « comportements irrationnels », les
« discours démagogiques » et les « incohérences » du
gouvernement.
Une sortie qui n’a bien évidemment pas
plu au Premier ministre, qui s’est empressé de politiser les
propos de Jacques de Navacelle et de rappeler que le président
du JEC le critiquait aussi quand il était leader de
l’opposition. Se faisant menaçant, il a même mis en garde de
ne pas « grat ledos maler ». C’est bien à un dialogue de
sourds auquel on s’apprête à assister.
«
Ramgoolam ne veut pas les voir ! »
La tension
palpable entre Ramgoolam et de Navacelle reflète bien l’état
des relations entre le gouvernement et le secteur privé. Un
homme d’affaires respecté, et n’appartenant pas au secteur
privé « traditionnel » livre sa perspective. « J’ai rencontré
le Premier ministre quelques jours à peine après sa prise de
fonction. C’était une simple prise de contact. Mais depuis,
nous avons cherché à le joindre à de nombreuses occasions pour
discuter de choses plus sérieuses par rapport aux orientations
économiques du pays. Nous attendons toujours d’être reçus. » À
l’hôtel du gouvernement, une source autorisée confirme
laconiquement : « Ramgoolam ne veut pas les voir ! »
Pourquoi ? Le Premier ministre était-il donc sérieux
quand, prenant la parole sur les caisses de savon durant la
campagne électorale de 2005, il expliquait que « pouvoir pe
sapp dans lamain » et qu’il faudrait, par un moyen ou un
autre, que le « secteur privé traditionnel » du pays accepte
de donner un peu plus au nom de la solidarité nationale.
Beaucoup se refusaient, à ce moment-là, à analyser les
prises de position de Ramgoolam comme une volonté d’en
découdre et de faire payer les « Blancs » du pays. Notamment
la douzaine de familles qui continue à avoir de gros intérêts
fonciers et agraires à Maurice.
« Pa trakase,
eleksion sa, apre nou gete »
Les premières
décisions de Ramgoolam au pouvoir ne donneront effectivement
pas cette impression. L’arrivée au pouvoir est grisant pour
son équipe. L’annonce des mesures sociales, comme le
rétablissement de la pension universelle et le bus gratuit
pour les écoliers et collégiens du pays passe très bien auprès
de la population.
Du coup, l’aile réformiste du
gouvernement arrive à convaincre le Premier ministre de
continuer la politique de mise en place d’Integrated Resorts
Schemes (IRS) dans le pays. Alors même que ces développements
étaient dénoncés comme des « ghettos de riches » quelques
semaines auparavant.
Tim Taylor, l’ancien Chief
Executive Officer de Rogers ne confiait-il pas récemment que
Rama Sithanen, Arvin Boolell et Xavier-Luc Duval revenaient
parfois vers lui lors de la dernière campagne électorale,
après que des critiques virulentes aient été adressées contre
le secteur privé ? Débonnaire, Taylor racontait que ces
derniers venaient lui dire : « Pa trakase, eleksion sa, apre
nou gete. »
Situation « malsaine »
Mais un an et demi après, les choses ont bien changé.
Un sondage de la Sofres publié par Business Magazine indique
que, valeur du jour, l’Alliance sociale perdrait une élection
si elle s’y présentait seule. Pendant que le petit peuple se
dépêtre dans les augmentations (souvent importées) de prix,
les IRS se construisent à grand renfort de couverture
médiatique sur le prix des villas. On se demande combien ces
projets vont rapporter à leurs promoteurs.
Tandis que
Rama Sithanen explique que l’année 2006 est une année record
en termes d’Investissement direct étranger, à l’hôtel du
gouvernement, on est persuadé que le petit peuple s’énerve de
ne pas voir la couleur de tout cet argent qui rentre pourtant
dans le pays. La tension entre le gouvernement et le secteur
privé va connaître une escalade lente, mais certaine (voir
hors-texte.)
Le JEC s’est retenu pendant longtemps.
Mais il y a un mois et demi, le Conseil décide de réagir… en
essayant de comprendre. C’est à un cabinet conseil qu’il fait
appel. Une grande séance de travail est organisée et on
demande au cabinet de présenter la marche à suivre, afin que
le dialogue gouvernement-secteur privé, qui est rompu, soit
renoué le plus rapidement possible.
Les conclusions du
cabinet présentées au JEC, il y a quelques jours, vont
abasourdir les uns et confirmer les craintes des autres. «
Lors de la présentation, on nous a expliqué que le JEC passe
pour être la voix du sucre et des grandes entreprises du pays.
Or, nous représentons toutes les entreprises du pays. D’autant
plus qu’une enquête d’opinion effectuée il y a un an indiquait
clairement que la majorité des personnes interrogées avaient
une bonne opinion du rôle du secteur privé dans le pays. Il
fallait réagir et donner notre point de vue », explique
Jacques de Navacelle.
Le JEC veut désormais pouvoir
dire ce qu’il pense à intervalle régulier et prendre la
population comme témoin. « Nous avons salué la trajectoire
économique prise dans le budget 2006-2007, mais il y a
maintenant un besoin de cohérence et de prévisibilité »,
demande Raj Makoond, le directeur du JEC qui explique que,
notamment dans le domaine commercial, la situation « malsaine
» génère des fermetures, des pénuries, une augmentation de
prix et le développement du marché noir.
« Un
manque de dialogueau plus haut niveau »
« Il y a
un manque de dialogue au plus haut niveau. C’est pour cela que
nous souhaitons rencontrer le Premier ministre afin de
discuter de toute la question avec lui, s’il le souhaite »,
plaide Jacques de Navacelle.
Mais le temps de
l’entente cordiale et des rencontres trimestrielles entre le
gouvernement et le secteur privé semble définitivement révolu.
Ramgoolam, indique-t-on à l’hôtel du gouvernement, ne compte
pas rendre de comptes au secteur privé.
Piqué à vif,
et soucieux de démontrer qu’il vaut mieux ne pas lui chercher
noise, il pourrait même, dans les jours à venir, donner son
feu vert à un durcissement des conditions liées au
développement des projets IRS. Ce serait, malheureusement,
encore une étape franchie dans l’escalade.
Il serait
judicieux qu’à l’hôtel du gouvernement on entende aussi bien
les voix venues du secteur privé, mais aussi des institutions
internationales qui rappellent que c’est le dialogue et la
coopération institutionnelle entre le gouvernement et le
secteur privé qui a été à la base du « miracle » économique du
pays. Personne n’a intérêt à faire semblant d’oublier cela !
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