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Article publié le Jeudi 6 septembre
2007. |
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 QUESTIONS A JACQUES DE NAVACELLE, PRESIDENT DU
JEC “On ne comprend pas la même
chose par le terme
démocratisation”
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● Votre
rencontre avec le Premier ministre, le 29 août, a pris
beaucoup de personnes de court. Comment s’est-elle faite ?
Disons que le secteur privé avait déjà indiqué
qu’il souhaitait rencontrer le Premier ministre depuis un
certain temps. C’était donc une réponse à cette demande que
nous avions faite. Navin Ramgoolam m’a dit qu’il avait
souhaité attendre un peu, que certaines tensions soient
apaisées, pour que l’on puisse se parler tranquillement.
● Il y a eu des rumeurs, juste après votre
conférence de presse de mai où vous aviez eu des propos
virulents contre le gouvernement, disant que vous étiez de
plus en plus isolé au sein du JEC. Est-ce vrai ?
Nous avons eu plusieurs réunions avec le JEC
durant lesquelles j’ai été très franc et j’ai dit “si cela ne
vous convient pas, moi je n’ai aucun problème, vous trouvez
quelqu’un d’autre”. Et tous les membres présents m’ont
manifesté leur soutien de façon très claire. Maintenant, si
certains de ceux qui manifestent leur soutien officiellement
vont dire autre chose derrière mon dos, je n’y peux rien.
● Avec le recul, auriez-vous agi de la même
façon ?
Je suis partagé. Si je n’avais pas dit
deux ou trois choses, il n’y aurait peut-être pas eu ce
branle-bas de combat. Mais est-ce que cela aurait fait réagir
les gens ? Quand j’ai complété avec certaines critiques
con-crètes du secteur public, cela a secoué un petit peu.
● Qu’est-ce qui a changé concrètement ? Vous
disiez que les choses n’avançaient pas, mais ont-elles avancé
depuis ?
C’est difficile à dire parce que, par
exemple, là, le gouvernement publie les lois du travail et
parle d’infrastructure. Est-ce que c’était planifié ou est-ce
un peu à cause de notre prise de position ? Je ne sais pas.
● Je reviens à votre réunion avec Navin
Ramgoolam. Après l’avoir rencontré, comprenez-vous mieux sa
réaction ?
(Long silence…) Je ne pense pas.
● Donc vous pensez que sa réaction était plus
politique qu’autre chose ?
Il aurait été mieux
qu’il n’y ait pas de réaction tout de suite parce qu’elles
peuvent être épidermiques.
● Le Premier
ministre semble estimer que le secteur privé lui est hostile.
Cela expliquerait en effet sa réaction. Mais
j’avoue que c’est assez difficile à comprendre. Je ne vois pas
pourquoi le secteur privé serait hostile à un Premier
ministre. Nous respectons la démocratie et le secteur privé
n’a pas à prendre position idéologiquement par rapport à un
pouvoir en place. D’ailleurs, le secteur privé a très bien
accueilli les deux budgets.
● Le budget
Sithanen ?
J’ai toujours fait attention de parler
du budget du gouvernement. Et c’est ce que nous disons au
gouvernement : nous soutenons votre budget et, du coup, nous
ne comprenons pas trop quand certaines personnes du
gouvernement nous attaquent. Si vous voulez que nous
coopérions, il ne faut pas nous attaquer comme ça, alors qu’au
fond nous vous soutenons.
● Justement, certains
au gouvernement vous reprochent de soutenir les réformes quand
cela vous convient, mais de vous opposer à tout ce qui a trait
à l’ouverture de l’économie et à la démocratisation.
Le problème, c’est que cette histoire de
démocratisation est venue un peu comme un cheveu sur la soupe.
Tout le monde ne comprend pas la même chose par ce terme. Que
veut dire démocratisation ? On va élire des chefs d’entreprise
? Si on va jusqu’au bout du raisonnement, on arrive à des
absurdités. Démocratisation est un mot qui fait un peu
révolution bourgeoise française alors qu’en fait, on devrait
parler d’ouverture de l’économie. C’est un peu ça – ces mots
de révolution sociale – qui a braqué les gens, alors qu’il
s’agit de problèmes économiques et sociaux qu’on peut traiter
en travaillant ensemble.
● Donc il existe aussi
un malaise du secteur privé par rapport à la politique du
gouvernement ?
Disons que l’on se dit que ce sont
des points de vue, des déclarations à usage électoral et qu’en
fait, du coup, cela rend les choses plus difficiles.
● Cette divergence de vues fait-elle que les
réunions sur la réforme sucrière butent ?
C’est
une question de manque de confiance. Il y avait un accord
global et l’industrie sucrière s’est engagée, une fois qu’on a
réglé un certain nombre de problèmes, à en traiter d’autres
dont les problèmes sociaux. Quand le gouvernement ajoute des
termes, ça veut dire qu’il n’a pas confiance qu’on le fera.
C’est ce qui bloque tout.
● Et quand
l’industrie sucrière dit non, cela renforce-t-il la perception
que le secteur des affaires ne pense qu’à ses propres intérêts
?
Mais ce n’est pas très correct, parce que d’une
part on a un accord que le gouvernement n’est pas en train de
respecter et deuxièmement, du coup, on ne veut pas écouter les
personnes qui ont affirmé qu’elles veulent aider. Cela casse
la confiance.
● Il semble à ce stade que même
le dialogue ne marche pas…
Il y a des grains de
sable – des personnes – qui se mettent quelque fois en
travers. Je ne citerai pas de nom. Il est vrai que le
gouvernement a un peu changé l’objectif de ces réunions
Etat-secteur privé. Mais il est aussi vrai qu’il y a beaucoup
de méfiance des deux côtés.
● Existe-t-il une
réelle volonté de régler le problème de la réforme sucrière ?
Pour nous, les hommes d’affaires, c’est simple :
pour vendre du sucre blanc, il faut le fabriquer. Pour le
fabriquer, il faut commencer à construire des usines
maintenant. Pour construire des usines maintenant, il faut
qu’on ait les accords de fermeture parce que sinon on n’a pas
l’argent de l’Europe. C’est donc ce que nous voyons sur notre
tableau de bord et nous voyons aussi la date qui approche et
rien ne vient. Et de l’autre coté, nous avons des responsables
politiques qui donnent l’impression qu’ils ne sont pas
pressés. Alors c’est un peu incompréhensible.
●
Après votre rencontre avec le Premier ministre, êtes-vous
rassuré de la volonté politique de régler ce problème ?
Le Premier ministre m’a dit qu’il voulait régler
le problème rapidement et je le crois puisqu’il me l’a dit. Il
est vrai que des gens sont sceptiques mais je préfère voir les
choses ainsi : il a pris le risque personnel de me recevoir
après ce qui s’est passé et m’a parlé comme quelqu’un de
totalement convaincu qu’il faut que l’on travaille ensemble.
Il m’a dit qu’il soutenait la réforme économique, il souhaite
un dialogue de travail avec le secteur privé. Je le crois,
bien que certaines personnes disent que Navin Ramgoolam a
tendance à ne pas prendre de décisions.
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Deepa
BHOOKHUN
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