- Home
- Le Défi Plus
- Interview
- Raj Makoond (directeur du JEC) : « Évitons de jeter la pierre… »
Raj Makoond (directeur du JEC) : « Évitons de jeter la pierre… »
- By Christina Vilbrin
- Published 27th December, 2008
- Category: Interview
- Views: 15
- Unrated
Raj Makoond : « Nous nous dirigeons vers une baisse accélérée du coût de la vie. »
La situation est tendue entre Rama Sithanen et une section du secteur privé. Le directeur du Joint Economic Council (JEC), Raj Makoond, joue au sapeur-pompier en soulignant la concertation rapprochée de ces derniers mois entre le gouvernement et les opérateurs économiques. Dans l’ensemble, il est satisfait des mesures annoncées dans le mini-Budget.La crise financière mondiale inquiète au plus haut point. Le gouvernement a décidé de présenter un mini-Budget à la mi-janvier. Comment accueillez-vous le plan de relance de l’État ?
Le ‘Stimulus Package’ a adopté une stratégie que je qualifierais de défensive et d’offensive à la fois. Au niveau défensif, des mesures ont été proposées pour protéger les secteurs d’exportation à risque dont le textile et le tourisme. La mise en place d’un mécanisme de soutien pour le textile aidera les entreprises à faire face à des difficultés prévisibles en 2009.
L’originalité du mécanisme est qu’il y a un partage des risques au lieu d’avoir une approche conventionnelle où les risques sont partagés entre les entreprises. Le coût du ‘re-engineering’ des entreprises sera aussi partagé. Bien sûr, le support de mécanisme transitionnel (MTST) interviendra dans des cas où les institutions financières et les entreprises pensent avoir un plan de sauvetage viable. On ne va surtout pas jeter de l’argent par les fenêtres.
Pour le tourisme, nous accueillons favorablement la révision de la ‘Special Levy’ et l’approche nouvelle du ‘Environment Protection Fee’ qui serait prélevée sur les bénéfices et non plus sur le chiffre d’affaires.
Pour le secteur sucre, la possibilité de redéployer la main-d’œuvre des institutions financées par le ‘cess’ et le retrait de l’item sucre de la ‘Consumer Protection (Price and Supplies Control) Act’ vont aider le secteur à faire face à la baisse de prix de 36 %.
Concernant le volet offensif, le ‘front-loading’ des dépenses de six fonds et l’accélération des dépenses dans les projets d’infrastructures contribueront à maintenir un taux d’investissement acceptable dans des conditions précaires. Le plan de relance préconise la poursuite de la diversification de notre économie à travers des incitations pour les secteurs comme le ‘knowledge-hub’ et surtout l’accélération de la mise en œuvre de la ‘Business Facilitation Act’. Ces deux composantes de la stratégie du ‘Stimulus Package’ couplées à la baisse des prix des commodités, tels que les produits pétroliers ou encore la farine, devraient nous permettre de minimiser l’impact de la crise économique sur notre économie.
Rama Sithanen tape sur les doigts des commerçants qui, selon lui, ne jouent pas le jeu sur la baisse des prix. Êtes-vous du même avis ?
Il y a différentes composantes dans l’équation d’un prix. Il y a le prix CIF (Cost, Insurance, Fret), le taux de change, le stock et les coûts. On a souvent tendance à se focaliser sur le CIF seulement. Bien sûr, le CIF est un élément clé dans l’équation. Mais on a vu récemment que malgré les mesures prises par certaines entreprises, l’impact de la baisse ne peut être transféré entièrement au consommateur. Ayant dit cela, nous constatons déjà que les prix baissent (huile, farine, riz...). Si cette baisse continue, le consommateur va définitivement en bénéficier. L’inflation a aujourd’hui déjà touché son point le plus élevé et on va vers une baisse accélérée du coût de la vie. L’inflation en 2009 devrait être bien inférieure au taux de 2008.
Les demandes répétées de la Mauritius Export Association (Mexa) pour une dépréciation de la roupie ont irrité le Grand argentier. Il s’en est pris à ses membres qu’il a qualifiés d’extrémistes. Vous concéderez que le contexte n’est pas approprié
Il y a une concertation rapprochée entre les institutions du privé et les décideurs politiques. Je constate que le ‘Monetary Policy Committee’ a baissé les taux d’intérêt régulièrement pour tenir compte des baisses similaires chez nos partenaires commerciaux. Il y a une convergence entre la Banque de Maurice et le ministère des Finances. Depuis 1983, la roupie suit les cours du marché. Et on constate que cette politique a aidé énormément le ‘re-engineering’ de l’économie du pays. Malheureusement, dans le contexte de la crise mondiale, avec la récession en Angleterre, la livre sterling passe par des moments difficiles et cela peut avoir un impact négatif sur les exportations vers la Grande-Bretagne. Il y a aujourd’hui certaines conditions qui sont malheureusement hors de notre contrôle. Ayant dit cela, je pense que la flexibilité doit rester « the order of the day ».
L’État a lancé un message fort : il soutiendra le secteur privé à condition seulement que celui-ci respecte un pacte social. En d’autres mots, les entreprises devront tout faire pour préserver l’emploi. Rama Sithanen a même durci le ton en soulignant que les entreprises qui ne respecteraient pas la règle du jeu devront rembourser l’argent qui leur sera avancé. Vos commentaires?
Tout programme de sauvetage serait fait dans un souci de survie des entreprises. Et avec la survie des entreprises, il y va de la survie de l’emploi. Nous aussi nous pensons que la protection de l’emploi est vitale pour notre société. Mais il faut reconnaître que dans certains cas, l’entreprise n’a pas d’avenir et qu’il n’est pas dans l’intérêt du pays de subventionner ces entreprises. Dans ces cas spécifiques, malheureusement, il y aurait des pertes d’emploi.
N’avez-vous pas l’impression que le ton employé envers le secteur privé a été trop dur ?
Dans une situation de crise, il faudrait surtout éviter le ‘blame game’. On va réussir si on arrive à travailler de concert et maintenir le dialogue. Chacun doit pouvoir partager le fardeau des responsabilités. Le ‘Stimulus Package’ dans sa globalité va dans ce sens. Nous avons constaté une volonté de dialogue et nous allons continuer nos consultations dans la mise en oeuvre du ‘Stimulus Package’.
Le gouvernement a décidé de céder une partie des travaux d’infrastructures publiques aux entreprises privées pour dynamiser l’industrie du bâtiment. Comment les entrepreneurs doivent-ils prendre avantage de cette mesure, surtout lorsqu’on sait que le directeur de l’Audit a justement critiqué le retard dans l’exécution des projets qui est devenue un mal chronique ?
En dépit d’une loi sur les PPP (partenariat public-privé) promulguée en 2004, il y a un manque de capacité à concevoir de tels projets. Le manque de capacité tant au niveau du public que du privé est, malheureusement, un des points faibles que nous constatons. Il nous faut accélérer notre capacité de mise en œuvre des projets PPP dans le secteur des infrastructures. Le ‘Stimulus Package’ mentionne une série de mesures pour améliorer la mise en œuvre des projets notamment la révision du rôle du ministère des Infrastructures publiques. Il prévoit aussi d’améliorer la coordination à travers un ‘Programme Coordination Committee’ et la mise en place d’une ‘Design and Building Procurement Method’ qui peut réduire le temps d’exécution ainsi que le coût.
S’il est un fait que la crise financière affecte les États-Unis, l’Europe, l’Asie et dans une moindre mesure l’île Maurice, par contre, les crises pétrolière et alimentaire ont été désamorcées. N’est-on pas en train de trop noircir le tableau ?
Nous ne connaissons pas encore la profondeur et la durée de cette crise. Les grandes économies du monde sont en pleine récession ou en décroissance. La visibilité est difficile. La baisse des commodités devrait aider mais il faut faire attention à une déflation. C’est encore tôt pour dire que le tableau est en train d’être noirci plus que nécessaire. Les risques sont réels. Il faut tenir compte des dangers et essayer dans la mesure du possible d’être prévoyant.
|
Typo/Layout Correction Found a typo? Or the layout seems messed up? Please send us your correction or the article link to help us keep this website as accurate as possible. Vous avez remarqué une erreur de typo ou de mise en page ? Veuillez nous faire parvenir votre correction ou l’adresse de l’article afin de nous aider à rendre notre site encore plus fiable. |







