 |
 |
 |
| «Avec le rapport PRB, il y aura
certainement un effet d’entraînement pour
certaines compétences» |
 | |
 | |
 |
 |
 |
 |
| «Il y a beaucoup de Chief
Executive Officers (CEO) du secteur privé qui
touchent un salaire de Rs150 000 et même
plus» |
 | |
 | | Analyse
du budget Sithanen, réaction face à l’augmentation
des salaires des fonctionnaires, déséquilibre
entre les salaires dans les secteurs public et
privé, discrimination entre deux catégories
d’employés : c’est sur ces thèmes que nous avons
interrogé le président du Joint Economic Council
(JEC).
Q : Quel regard portez-vous sur
le budget 2008-2009 ? R : Le budget se situe dans
la continuité qui prône l’ouverture de l’économie
et une vitalité correcte, surtout concernant
l’intensification de la business facilitation.
C’est une chose que nous accueillons avec plaisir.
L’autre volet du budget est un volet social. Nous
avons noté avec beaucoup de satisfaction le projet
pour l’eradication of absolute poverty qui nous
tient à cœur au JEC. Q : Comment réagissez-vous à
l’analyse de Lalit qui estime que l’État brade le
pays au secteur privé ? R : Des phrases comme
celles-là sont un petit peu excessives. Je crois
que l’État s’est engagé sur un chemin de réforme
pour créer la richesse nationale. La seule façon
de le faire est de promouvoir l’investissement,
récompenser l’effort et créer l’emploi. C’est
exactement ce qui s’est passé ces deux dernières
années. La croissance a dépassé les 6 % et je
crois que l’année prochaine on prévoit dans les
6,2 %. L’unemployment rate a baissé d’environ 2 %.
Je crois que cela indique qu’on est sur le bon
chemin. Concernant le déficit budgétaire, nous
sommes soulagés de constater que la tendance à la
baisse va continuer. Le ministre annonce 3,8 cette
année-ci et il prévoit 3,3 l’année prochaine. Q :
Quels sont les points faibles que vous notez de ce
budget ? R : Le point inquiétant est une
libéralisation accélérée des produits importés.
C’est-à-dire une baisse des droits de douane sur
les produits importés qui sont l’équivalent des
produits fabriqués à Maurice. Là, il y a danger
pour l’industrie locale. C’est sûr que le ministre
prévoit une série de mesures d’accompagnement. Il
a parlé d’un fonds de Rs 500 millions pour aider
l’industrie locale à faire face à cette
compétition, mais c’est encore un peu flou :
comment les Rs 500 millions seront allouées, à
qui, etc. Q : Venons-en au rapport du PRB.
L’augmentation des salaires des fonctionnaires est
ressentie comme une injustice par les travailleurs
du secteur privé. Etes-vous d’accord pour un PRB
au secteur privé ? R : Je ne suis pas d’accord.
Les conditions ne sont pas les mêmes. Une
entreprise doit générer des revenus pour faire
face à ses dépenses. Une entreprise privée est
tout le temps en train de générer plus de valeur
ajoutée pour générer ses salaires et payer ses
actionnaires. Le PRB est un exercice qui se passe
chaque cinq ans. Pendant cinq ans, les employés du
secteur public n’ont simplement que la
compensation décrétée au mois de mai-juin. Q :
Trouvez-vous normal que les travailleurs du
secteur privé doivent se contenter d’une
augmentation se situant entre Rs 283 et Rs 400
alors que leurs collègues du secteur public
bénéficient d’une augmentation de 37 % ? R : Si on
prend 37 % et l’on y ajoute les compensations du
National Pay Council (NPC) des cinq dernières
années, on arrive à une moyenne de 60 % à 65 %. Si
l’on divise ce chiffre par 5, l’on arrive à 12 %.
Or, la moyenne d’augmentation se situe aux
alentours de 10 %. Bien sûr il y a des entreprises
où cela se situe bien au-dessus et il y en a
d’autres où c’est en dessous parce que celles-ci
sont en difficulté. Le secteur est concurrentiel,
chacun fait ce qu’il peut. Et il n’y a pas que le
salaire de base. Bien souvent, on ne regarde que
ce critère. Il y a plein de moyens pour rémunérer
un employé : participation aux profits, bonus
scheme, bonus de production, etc. Tout ça fait
partie du package total. Q : On note désormais
qu’il y a un déséquilibre entre les salaires et
que le secteur public offre plus que le secteur
privé… R : Il y a cette impression parce qu’on a
tout donné d’un coup. Il y a aussi le fait qu’il y
avait un décalage sérieux entre le secteur privé
et le secteur public. Le niveau des salaires est
plus élevé dans le secteur privé que dans le
secteur public. Tout le monde fait référence au
salaire du chef juge qui passe de Rs 90 000 à Rs
150 000. Mon impression est que c’était long
overdue. Le chef juge est l’instance judiciaire la
plus haute du pays. Il y a beaucoup de Chief
Executive Officers (CEO) du secteur privé qui
touchent un salaire de Rs150 000 et même plus. Je
trouve donc nécessaire que les employés de la
fonction publique aient un salaire décent parce
qu’on a besoin d’eux pour faire avancer le pays.
Que ce soit dans le privé ou dans le public, on a
besoin de gens compétents. S’il y a un gros
déséquilibre entre les deux – je parle du middle
management et du senior management – il y aura un
brain drain dans un sens. Il y a eu un brain drain
du public vers le privé pendant des années. C’est
une bonne chose de revaloriser les postes dans le
secteur public parce qu’avec les défis auxquels on
doit faire face, il faut à tout prix que le
secteur privé ait des vis-à-vis, dans le secteur
public, compétents, bien payés, productifs et
heureux de faire leur job. Q : L’on estime qu’avec
ce nouveau rapport, il y a une discrimination
entre deux catégories d’employés dans le pays… R :
Il y a toujours eu deux catégories d’employés.
Comparons ce qui est comparable. Un employé du
secteur public ne peut être comparé à un employé
du secteur privé. L’un a un job pratiquement à
vie, l’autre a un travail qui dépend des forces du
marché. Il y a un élément de risque qui est plus
important dans le privé que dans le public. Q : Le
front travayer secker prive réclame un mécanisme
salarial pour les secteurs public et privé dans le
but de déterminer un salaire minimum social. Qu’en
pensez-vous ? R : Est-ce qu’il faut un mécanisme
identique pour le privé comme pour le public ?
Non, car ce sont des secteurs bien séparés avec
leurs spécificités propres. Nous nous sommes
toujours battus pour avoir ce qu’on appelle le
collective bargaining, c’est-à-dire permettre aux
employés de discuter avec leurs employeurs et
d’obtenir une compensation salariale et un package
de benefits attrayants. La Mauritius Employers’
Federation (MEF) crie depuis longtemps que chaque
secteur a sa spécificité. Dépendant de la
réussite, un secteur peut payer plus alors que
celui en difficulté paie moins. Il faut cette
flexibilité-là. Je pense que les employés
obtiennent un meilleur deal en négociant d’une
manière sectorielle au lieu que les autorités
imposent un seuil national obligatoire. Q : Est-ce
que la publication de ce rapport peut inciter les
employeurs du secteur privé à revoir leurs grilles
salariales ? R : Le secteur privé est régi par un
autre organisme qui s’appelle le National
Remuneration Board (NRB) et sort les grilles
salariales. Souvent, on brandit le minimum comme
étant la valeur absolue. Mais souvent, le secteur
privé paye beaucoup plus que le minimum. Quels
sont les secteurs qui sont en train de marcher à
Maurice ? Le tourisme, la construction, le secteur
financier, le secteur informatique. Aujourd’hui,
on est en train d’aller chercher les
informaticiens en Ouganda. Pensez-vous que
l’informaticien mauricien est mal payé ? Moi, je
ne le pense pas. C’est la loi du marché. On est
dans un secteur régi par les lois du marché. On ne
peut pas aller contre, sinon on fait faillite.
C’est la hantise de tout entrepreneur. On est
obligé d’agir en responsable. Avec le rapport PRB,
il y aura certainement un effet d’entraînement
pour certaines compétences. Par exemple, si le
public et le privé sont en compétition pour les
compétences d’un comptable ou d’un informaticien,
c’est sûr que suite au rapport du PRB, si le
salaire monte dans la fonction publique, le privé
sera obligé de s’aligner. Autrement dit, il n’y a
pas d’obligation pour le privé de suivre le PRB.
|